Jeunesse (Joseph Conrad, 1902)

Récit d’une traversée chaotique, sur un navire que seule la volonté de son équipage maintient assemblé. A son bord, le jeune Marlow (personnage récurrent chez Conrad, qui remontera plus tard le fleuve d’Au cœur des ténèbres et recueillera l’histoire de Lord Jim). Jeune et plein d’enthousiasme, il découvre émerveillé les aléas des traversées…

Les deux derniers ouvrages de cet auteur que j’ai lus m’avaient un peu déçu : Fortune représentait pour moi une digression sur un domaine qui n’était pas celle du Britannique, sorte de roman bourgeois de mœurs ennuyeux, et il manquait un poil d’action au Frère-de-la-Côte.

Ici, la forme courte (80 pages) réussit encore une fois à merveille à Conrad. Toute la nouvelle présente une tension, un suspense d’autant plus agréables que les évènements laissent la place à l’intervention de personnages pleins de petits détails qui nous les font visualiser immédiatement. Les paysages sont évocateurs, tout est très « visuel » : du crachin des ports anglais  au soleil de l’Océan Indien, tous ces changements d’ambiances rythment la traversée de la Judée.

Je retrouve les éléments qui m’avaient plu dans La Ligne d’ombre ou Typhon (même si ce dernier reste un bon cran au-dessus) : un récit efficace et bien mené, des descriptions magistrales et des figures vivantes – mais qui savent laisser le devant de la scène à la mer et à la navigation, qui restent les personnages centraux de ce texte. Un bon Conrad, dévoré en une soirée.

Cela dura tout le long de la mer du Nord, tout le long de la Manche : cela dura jusqu’à trois cents milles environ à l’ouest du cap Lizzard : alors le vent tourna au suroît et commença sa musique. Deux jours plus tard il soufflait en tempête. La Judée se vautrait dans l’Atlantique comme une vieille caisse à chandelles. Il souffla jour après jour, il souffla méchamment, sans arrêt, sans merci, sans relâche. Le monde n’était plus qu’une immensité de vagues écumantes qui se ruaient sur nous, sous un ciel si bas qu’on aurait pu le toucher de la main et sale comme un plafond enfumé.

Une réflexion sur “Jeunesse (Joseph Conrad, 1902)

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