L’Ile des Perroquets (Robert Margerit, 1952)

Condamné pour un meurtre qu’il n’a pas commis, Antoine parvient à s’échapper de sa geôle. Il réussit par un heureux hasard à s’embarquer sur un navire de contrebandiers. Il partagera dès lors la vie aventureuse des Frères de la Côte.

Toutes les principaux éléments des grands romans d’aventure marine sont présents ici. Margerit a sans doute lu et relu Stevenson, mais aussi Defoe voire Garneray avant de se lancer dans l’écriture de ce texte. De fait, la première partie est assez classique et apporte peu de réelles nouveautés en terme d’intrigue par rapport à ce que d’autres ont pu écrire sur ce thème. Mais comme pour La Terre aux Loups, il faut souligner l’écriture impeccable de Margerit ; du lexique marin aux jurons d’époque, tout y est, avec quelques personnages qui valent le détour comme le fameux capitaine Flint (hommage direct à Stevenson), fripouille invétérée aux intentions difficiles à cerner.

Dans la suite, Margerit nuance l’image idéalisée qu’on peut avoir des pirates en montrant l’éternelle fuite en avant à laquelle ils sont contraints. La question de la prétendue liberté dont bénéficieraient les gentilshommes de fortune, lâchés sans dieu ni maître sur les sept mers, devient centrale, et les péripéties se font moins haletantes mais permettent de mieux explorer les personnages. L’amour fait aussi son apparition, élément plus atypique du genre et bien amené.

Ce roman d’aventures constitue à la fois un hommage aux grands du genre et une interprétation personnelle. La construction de l’intrigue trouve ses racines dans les illustres prédécesseurs de Margerit, mais les protagonistes sont plus variés, plus crédibles : de Flint l’incorrigible coquin à George Nightingale qui rêve de devenir cultivateur, en passant par Brice Coquerelle, pirate au cœur de jeune fille et Antoine, enrôlé malgré lui, cette variété de caractères constitue la vraie richesse de cette œuvre. Il est malgré tout dommage que sur un monde d’une telle violence, Margerit n’ait pas su trouver la noirceur de La Terre aux Loups, ce qui lui aurait permis d’élever d’un cran L’Île des Perroquets. Certains personnages ont bien un fond de mal, de vice pur, mais rien qui approche ce qu’on peut lire dans cet autre roman.

Et qu’est-ce qu’il veut le vieux Flint, hein ? Vous faire mener la vraie vie des chevaliers de fortune que nous sommes, les enfants ; vous mener où il y a de la monnaie à prendre et des coups à donner. C’est notre vie à nous ça, au lieu de soupirer dans le giron des femelles. Laissez ces godans aux damnés faillis chiens de pique-poux.

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2 réflexions sur “L’Ile des Perroquets (Robert Margerit, 1952)

  1. Pingback: Mont-Dragon (Robert Margerit, 1944) | Eustache Raconte

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