Tokyo Express (Seicho Matsumoto, 1957)

Un haut fonctionnaire, impliqué dans une obscure affaire de corruption, se suicide avec son amante sur une plage de Kyushu. L’affaire est simple : si dans ces circonstances un suicide simple attirerait quelque attention, cette dimension passionnelle semble étouffer l’enquête dans l’œuf. Pourtant, certains détails troublants n’ont pas échappé à l’inspecteur Mihara : si les deux tourtereaux viennent ensemble de Tokyo pour se donner la mort, pourquoi monsieur a-t-il mangé seul dans le train qui les amenés ? Pourquoi a-t-il attendu seul à l’hôtel pendant six jours avant de la retrouver pour finalement avaler ensemble du cyanure une heure plus tard ? En enquêteur consciencieux, Mihara va détricoter les apparences jusqu’au bout.

Pour être consciencieux, l’inspecteur Mihara l’est, et l’on n’échappe à aucune de ses réflexions. L’enquête est menée de façon très précise et nous fait traverser de part en part et à plusieurs reprises l’horaire des chemins de fers japonais.

Cette attention constante portée aux « petits détails » tranche nettement avec les thrillers contemporains qui ne font pour la plupart plus l’économie d’une ou deux scènes d’actions plus ou moins inutiles. Rien de tout cela ici, seulement l’observation et la réflexion. A l’inverse des enquêteurs-stars actuels, le Wallander de Mankell ou le Harry Bosch de Connelly, Mihara n’est ni dépressif, ni blasé, ni sur-doué : un fonctionnaire de police lambda, qui fait seulement preuve d’une abnégation au-dessus de la moyenne. On pense vaguement à Maigret.

Le résultat est un roman plus addictif qu’on pourrait le croire avec cette intrigue un peu aride. Les personnages sont peu décrits, mais de nombreuses « petites choses » quotidiennes prennent une importance inhabituelle. Le rythme est très posé, ce qui est agréable et permet à l’auteur de bien développer la minutie qui distingue Tokyo Express de la production contemporaine. Le style n’a rien de remarquable, même si certains procédés (passages épistolaires notamment) sont bien utilisés. 189 pages, idéal pour un voyage en train…

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