Les Révoltés de la « Bounty » (Charles Nordhoff et James Norman Hall, 1932)

En 1787, la frégate anglaise la Bounty fait voile vers Tahiti pour étudier la flore locale et en implanter une partie en Inde. A bord, l’ambiance est tendue : aux rigueurs du voyage s’ajoute l’intransigeance du capitaine Bligh, et les esprits s’échauffent. Bligh fait régner sur son navire une discipline de fer, punissant avec une fermeté qui confine à la cruauté le moindre manquement et humiliant ses hommes. Si les hommes tiennent le coup en mer, c’en est trop quand le tyran fait tout pour les priver des joies des îles, et c’est ainsi que l’irréparable est commis. La mutinerie dispersera l’équipage et chaque groupe sera amené à vivre des aventures extraordinaires que relatent chacun des trois tomes de L’Odyssée de la Bounty, mythe incontournable de l’aventure marine.

Mythique, c’est peu dire ! Quatre films où l’on peut voir Errol Flynn, Clark Gable, Marlon Brando, Charles Laughton ou Mel Gibson, plusieurs ouvrages dont un de Jules Verne et un de Byron… Peu d’évènements de l’histoire maritime ont autant su susciter l’engouement.

Cette attraction vient autant fois de la mutinerie en elle-même, où le second humaniste se dresse contre le capitaine autocrate, que des péripéties qui l’ont suivie et notamment la traversée de plus de 6000 kilomètres qu’effectua Bligh sur une chaloupe surchargée (qui est narrée dans Dix-neuf hommes contre la mer). Exploits surhumains, exotisme, récit de la grande époque des croisières exploratoires dans le Pacifique et des débuts de la colonisation des îles, révolte et lutte pour la liberté, tous les éléments sont réunis pour fournir la trame de ce grand récit.

Ce volume de la trilogie traite de la mutinerie en elle même et de ce qu’il advint du groupe qui, après la séparation, décida de rester à Tahiti. Le récit est conté du point de vue de Roger Byam, jeune aspirant dont le personnage est calqué sur Peter Heywood, qui fût de cette mémorable traversée.

Dès le deuxième chapitre, nous nous trouvons confrontés au châtiment public d’un marin et il est dès lors clair que l’on ne nous épargnera pas dans ce livre la violence des épreuves que traversaient ceux qui prenaient le large ni la cruauté des règles de l’époque. Néanmoins, les deux auteurs ne tombent pas dans le manichéisme et l’opposition souvent vue d’une hiérarchie cruelle contre un prolétariat de la mer opprimé, puisqu’au cours de son périple Byam rencontrera aussi bien la plus grande humanité que la pire bassesse et ce tant chez les officiers que parmi les marins de base. La description de l’installation à Tahiti remet quant à elle en cause les récits ayant alimenté le mythe du « bon sauvage », puisque si la vie à Tahiti est des plus douce, les cannibales rôdent dans les archipels alentour… Cette apparente volonté d’objectivité renforce la vraisemblance globale du texte.

Les spécialistes semblent d’ailleurs s’accorder pour dire que ce roman constitue, parmi les différentes œuvres tirées de cette histoire, le récit le plus proche de la réalité historique. L’histoire des marins de la Bounty a fait carburer bien des imaginations, sans doute car elle permet d’aborder des sujets qui la dépassent à travers une plongée dans les voyages exploratoires qui suivirent de peu ceux de Wallis, Cook et Bougainville, à une époque où Tahiti n’avait pas encore été durement touchée par les offrandes laissées par les navigateurs, qui incluaient outre l’habituelle verroterie la boisson, les armes à feu et le typhus ou la variole.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, la volonté de coller à la réalité est louable et si dans nombre de romans d’aventure on est entraîné tout en ayant « du mal à y croire », ici il est difficile de mettre en doute quoi que ce soit. L’écriture est agréable, bien plus que celle d’un Garneray par exemple, qui avait pourtant vécu cette marine « de l’intérieur ». J’espère bien vous parler des deux volumes suivants d’ici peu…

Depuis ce matin-là, nombre d’années ont passé. J’ai navigué sur toutes les mers du monde, et visité bien des îles, les Caraïbes, et l’archipel malais, mais de toutes celles que j’ai vues, aucune n’a la splendeur de Tahiti.

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Une réflexion sur “Les Révoltés de la « Bounty » (Charles Nordhoff et James Norman Hall, 1932)

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