Somaland (Eric Chauvier, 2012)

Un expert est envoyé dans une commune qui accueille plusieurs sites industriels à risques pour étudier la façon dont ces risques sont gérés et la concertation mise en place. Il se heurte à la langue de bois et au vide des présentations PowerPoint, à l’exclusion des habitants des quartiers les plus à risques (et étonnamment les plus « défavorisés »), au bon sens élevé au rang d’argument choc.

Sur le site des éditions Allia, on peut lire d’Éric Chauvier qu’après avoir un temps étudié la philosophie, il s’est mis à l’anthropologie. Cet ouvrage rend compte de l’une des études de Chauvier sur les populations vivant près de sites SEVESO. Il y retranscrit et commente un certain nombre d’entretiens avec des industriels, des élus et des habitants de la ville imaginaire de Somaland. Dans ces dialogues, il n’a de cesse de démonter les rouages de la communication utilisée pour mieux mettre en exergue les évitements et les contresens qui masquent la vacuité du discours.

Sur ce point, tout est dit dès que Chauvier subit sa formation à la gestion des risques, qui s’articule autour du letimotiv « il n’y a pas de démocratie sans support didactique. Il n’y a pas de support didactique sans PowerPoint« . Cette triste réalité, l’enquêteur y sera régulièrement confronté. Même dans les conversations avec les élus, le langage accompagne les jolis fonds ensoleillés des diapositives, l’enrobage dans un sabir suave a tué le fond du discours comme le choix de la police a souvent pris le pas sur le sens des mots dans l’élaboration des diaporamas.

Aussi quand un riverain d’une usine expose à Chauvier ses soupçons quant à la nocivité du silène, un produit dont on ne parle pourtant jamais, il est d’abord incrédule. Puis les réactions des « spécialistes » l’amènent à s’interroger. En lieu et place de la démarche scientifique, on ne lui renvoie que du bon sens, partout le bon sens, parce que si c’était mauvais ça se saurait, allons ! Au lieu d’entendre le ressenti des habitants et de les rassurer avec un discours étayé par des études rigoureuses, les tenants de l’expertise technique se barricadent derrière des périphrases et des sophismes en tous genres. Certains passages prêtent franchement à rire tant ces fuites peuvent être maladroites.

A lire ces échanges surréalistes, on pose un regard différent sur les débats sur les risques technologiques et sanitaires (nucléaire, ondes des réseaux sans fil, médicaments…). Plus efficace qu’on long réquisitoire, un petit livre très intéressant sur le fond et qui arrive à nous faire rire  sur un sujet aussi sérieux que la gestion des risques industriels.

DEMAISON. (perspicace, joueur) – Et d’après vous, si vous réfléchissez bien, est-ce que nous sommes en guerre?
LA FEMME. (déstabilisée) – Je ne sais pas, où voulez-vous en venir ?
DEMAISON. – Je vous laisse réfléchir à cette question. Moi ce que je peux vous donner c’est la recette, après vous devez être actifs dans la démarche, vous devez imposer le modèle au-delà des aléas.

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5 réflexions sur “Somaland (Eric Chauvier, 2012)

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