Anthropologie (Eric Chauvier, 2006)

Bien calé dans sa voiture, Eric Chauvier rentre tranquillement chez lui. Son jeu pour passer le temps : soutenir les regards qu’il croise. Ce jour-là, c’est celui d’une jeune femme Rom qui fait la manche au carrefour. Or ce regard va déclencher chez lui une foule de sentiments contradictoires, et il n’aura dès lors de cesse de comprendre ce qui se cache derrière cette réaction qu’il a du mal à qualifier, si d’autres la partagent, et peut-être, qui sait ? parviendra-t-il alors à adresser la parole à celle qui est à l’origine de ce bouleversement.

J’ai déjà chroniqué sur ce blog Somaland du même Chauvier. Le principe du présent ouvrage est le même : l’auteur narre une de ses enquêtes, ses réflexions et observations. On est ici très loin d’un traité théorique, l’œuvre pourrait passer pour une fiction.

Car Chauvier a un vrai talent de conteur, et l’aspect « enquête » de son texte est curieusement prenant. A force de le lire s’interroger, on a nous aussi envie de savoir, après tout, qui est cette femme, d’où elle vient, et de comprendre pourquoi elle le touche autant alors même que la plupart des gens font tout pour l’ignorer… Beaucoup de réflexions sur la pauvreté et l’exclusion accompagnent ce récit, notamment dans la première partie, où l’anthropologue qu’est Chauvier amène un certain nombre de ses connaissances au fameux carrefour et étudie leur réaction. Peu convaincu par cette approche, il décide de se jeter à l’eau et d’aller lui-même parler à la jeune femme… qui a alors disparu. Il se lance donc sur ses traces.

Certaines réflexions sont intéressantes, d’autres assez absconses. L’expérience n’a pas grande valeur anthropologique générale, mais la démarche de démonter la communication et le langage de manière systématique, de mettre à jour les mécanismes plus ou moins conscients (de lâcheté, de protection, d’évitement…) qui se cachent derrière nos échanges est originale (du moins sous cette forme très libre et personnelle) et plutôt convaincante, malgré des conclusions parfois définitives.

Néanmoins, Somaland est à mon sens plus abouti aussi bien du point de vue de la forme que sur le fond de la réflexion. Ici, on se perd parfois dans l’élaboration de nouveaux concepts, la « familiarité rompue » et autres, qui pour ma part sont restés assez obscurs. Si l’analyse des réactions face à l’indigence et de processus d’exclusion associé vaut la peine qu’on s’y attarde, j’ai donc été un peu déçu par cet ouvrage.

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Une réflexion sur “Anthropologie (Eric Chauvier, 2006)

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