L’Homme des vallées perdues, ou Shane (Jack Schaefer, 1949)

Une petite ville du Wyoming. Même si la vie paraît paisible, les tensions sur les terres commencent à se faire sentir entre les petits fermiers et le gros rancher local. Un beau jour, le jeune Bob voit arriver sur la piste un inconnu dont tout semble indiquer qu’il a longtemps voyagé avant de passer par là. Cet homme que le mystère entoure va bouleverser la vie de la petite communauté…

On ne saura jamais rien du terrible secret qui pousse Shane à errer dans les étendues infinies des plaines américaines. Pas grand-chose non plus des autres personnages, d’ailleurs. On retrouve de fait la grande tradition du western : des hommes sans passé, sortis de l’inconnu, mais pétris de principes et de valeurs. La famille, l’honneur, l’ardeur au travail… font face à la tromperie et à la lâcheté. Le mystérieux inconnu est alors pressenti dès le début comme le pistolero maudit qui fera la différence au moment crucial et brisera l’oppression, trouvant par là-même sa rédemption.

Tout blanc tout noir, manichéen à souhait, ce livre porte en lui le western dans son ensemble tant il est épuré. Qu’on prenne Les Sept Mercenaires, Pour un poignée de dollars ou Rio Bravo au cinéma, l’adaptation à peine divergente du roman Pale Rider voire le plus récent Open Range  ou la bande dessinée Durango, il suffit d’ajouter quelques éléments, de changer un détail qui distinguera le héros pour obtenir ces variantes. Mais la trame est similaire, la construction est identique, elle repose sur les mêmes oppositions et le même déroulé.

C’est cette sobriété qui fait la force de ce roman. On pourra toujours ressasser une énième fois que tout cela est très tranché, très américain comme on se plaît à le dire, les amateurs de western en auront pour leur compte, les autres pourront passer leur chemin ou surmonter leur rejet pour tenter l’aventure de ces 150 pages de lecture. Il ne serait peut-être plus possible de publier un tel livre aujourd’hui, on crierait au cliché, tant ce roman incarne tout un courant cinématographique qui semble bel et bien mort. Et pourtant, comme le souligne Michel Le Bris qui signe une nouvelle préface fort instructive, l’enfance n’est pas loin quand on lit ces pages !

«- Moi, c’est Shane. Ça faisait un bout de temps, ajouta-t-il à mon adresse, que tu me regardais approcher sur la piste, hein, petit ?
Ce n’était pas une question. Plutôt une simple remarque.
– Oui, m’sieur, bredouillai-je.
– Bravo, mon garçon, dit-il. Un homme qui observe ce qui se passe autour de lui fera son chemin. »

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5 réflexions sur “L’Homme des vallées perdues, ou Shane (Jack Schaefer, 1949)

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