La Révolution (Robert Margerit, 1963)

Ah l’été, l’été, son hypothétique soleil, ses mini-jupes et ses cocktails à Paris-plage. La parfaite occasion de se lancer dans les pavés qui nous découragent le reste de l’année… Comme La Révolution, trois tomes de 500 pages chacun pour la première fournée, un quatrième de taille similaire pour le plaisir. Mais il faut bien ça pour conter ces évènements…

Car quelle ambition que celle de Robert Margerit ! Décrire la Révolution française, ce bouillonnement d’évènements, d’individualités, de courants, de revirements incessants… La simple documentation d’un tel ouvrage donne le vertige. Car en suivant le député limousin Claude Mounier à travers le mandat des diverses assemblées qui ont suivi les États généraux, on se retrouve au cœur de remous qui sont diffusément inscrits dans nos mémoires comme des moments historiques, sans qu’on n’en ait forcément gardé la chronologie ou les circonstances. La prise de la Bastille, le serment du Jeu de Paume, la chute de Danton sont peints de manière assez épique à travers le regard des personnages tantôt spectateurs, tantôt acteurs. Ceux-ci font l’Histoire autant qu’ils la subissent, les évènements apparaissent comme inévitables : l’individu est emporté par un flux irrésistible, à l’image de la foule qui est partout et forme la « nation » qui s’éveille et prend enfin conscience de sa force.

Le choix de Margerit de suivre plusieurs personnages lui permet également de ne pas se limiter à une vision parisienne de la Révolution mais d’aborder à travers son Limousin l’attitude des provinces françaises pendant cette période d’instabilité. On voit bien que si la tête de mouvement est à Paris, localement les choses suivent aussi leur propre cours, rejouant le même affrontement sur une scène de moindre ampleur et avec des issues parfois différentes.

L’ambiance effrénée est très bien retranscrite, l’équilibre instable alors que la toute jeune démocratie, ballotée par les courants qu’elle renferme en son sein, marche sur des œufs est le fil rouge de ce roman. On y découvre Robespierre paranoïaque ou Danton épicurien, les véritables ressorts de la Terreur, l’Assemblée divisée et soumise au plus fort, les complots, les manœuvres… Les personnages sont nuancés, humains, aucune tentative d’apologie d’un leader ou d’un autre. L’Histoire prend vie… J’ai pensé à l’excellent Les Enfants de l’Arbat de Rybakov : même ambition démesurée, approche voisine, avec pour résultat cette même impression d’être transporté en plein cœur de l’Histoire.

Car le traitement assez factuel donne véritablement l’impression d’assister aux évènements plutôt que d’en lire un commentaire qu’en ferait l’auteur. Le début est un peu poussif et se dilue dans les atermoiements sentimentaux des personnages principaux, mais dès la page 100 passée, le vertige prend et ne lâche plus.

Le défi paraissait difficile à relever, mais Margerit s’en sort plutôt brillamment.  Même si sa longueur peut rebuter, cet ouvrage constitue une lecture passionnante, sans doute la meilleure façon d’approcher la Révolution en gardant à la fois une prise de recul sur les grands mouvements et des focus sur les passages les plus marquants. Ces trois tomes s’arrêtent au 9 thermidor, chute de Robespierre et Saint-Just. Face aux demandes et marques d’incompréhension de certains commentateurs, Margerit a plus tard publié un quatrième tome qui décrit la fin de la Convention, le Directoire et l’épopée napoléonienne, dans lequel je suis actuellement plongé…

Publicités

2 réflexions sur “La Révolution (Robert Margerit, 1963)

  1. Pingback: Mont-Dragon (Robert Margerit, 1944) | Eustache Raconte

  2. Pingback: Nous ne sommes rien soyons tout (Valerio Evangelisti, 2004) | Eustache Raconte

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s