Quinze jours dans le désert (Alexis de Tocqueville, 1831)

1831, Tocqueville part en expédition aux confins des États-Unis, à la recherche du front pionnier et des limites de la civilisation américaine. Il est témoin de l’incroyable conquête des terres sauvages par le rouleau compresseur américain. Récit de voyage et analyse de l’esprit pionnier, ce livre nous mène de New-York jusqu’au campement de Saginaw. Fondé à peine quinze ans avant le passage de Tocqueville, il constitue à l’époque la limite des terres exploitées par les Blancs, au-delà desquelles seuls Lewis et Clarke et quelques aventuriers se sont risqués, au milieu des territoires indiens.

Quand on pense que Saginaw se trouve aujourd’hui entre Chicago et Detroit, compte plus de 50.000 habitants et a vu la naissance de Stevie Wonder, alors que ce n’était à l’époque qu’un vague rassemblement de cabanes noyées dans un nuage de moustiques où quelques trappeurs commerçaient avec les Indiens…

Il y a dans ce texte une grande lucidité sur l’avenir des États-Unis. L’abnégation des hommes et femmes partis construire leur vie au milieu d’une nature qu’il faut avant tout défricher, soumettre, puis cultiver, les efforts du pionnier qui « arrache à la vie sauvage tout ce qu’il peut lui ôter », mèneront le front pionnier jusqu’au Pacifique ; puis « ce peuple nomade […] reviendra sur ses pas pour troubler et détruire la société qu’il aura formée derrière lui ». Un raz-de-marée que rien ne semble en mesure d’arrêter tant cette mentalité paraît indissociable du rêve américain.

Le choc entre « l’extrême civilisation et la nature abandonnée à elle-même » est le point de départ de tout récit sur le mythe de la frontière. Tocqueville raconte l’histoire d’un peuple uni autour d’un but de conquête de l’espace sauvage, de prospérité et de richesse, peu avare d’efforts, qui dompte les étendues sauvages quelles que soient les difficultés qu’il devra affronter. Un petit livre passionnant par le témoignage qu’il propose et les analyses qui l’accompagnent, où Tocqueville peint brillamment la naissance de la première puissance mondiale.

C’est cette idée de destruction, cette arrière pensée d’un changement prochain et inévitable qui donne suivant nous aux solitudes de l’Amérique un caractère si original et une si touchante beauté. On les voit avec un plaisir mélancolique, on se hâte en quelque sorte de les admirer. L’idée de cette grandeur naturelle et sauvage qui va finir se mêle aux superbes images que la marche triomphante de la civilisation fait naître. On se sent fier d’être homme et l’on éprouve en même temps je ne sais quel amer regret du pouvoir que Dieu nous a accordé sur la nature.

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