Thérèse Desqueyroux (François Mauriac, 1927)

Thérèse a été mariée à Bernard Desqueyroux pour ses hectares de pins, sans qu’on lui ait demandé son avis. Dès les premiers jours de ce mariage, elle étouffe, enfermée avec cet homme qui la dégoûte, dans un hameau de quelques maisons au bout d’une route cabossée. En tout point différent d’elle, Bernard est simple, se contente de chasser les palombes et de garder propre le nom de sa famille – « Moi, je m’efface, la famille compte seule ». Entre ces deux êtres, le gouffre creusé par l’incompréhension paraît infranchissable.

Thérèse est trop intelligente pour le milieu clos de cette petite bourgeoisie de campagne. Les palombes, la famille, les pins, les palombes… Malgré cela, elle ne se rebelle pas, rentre sa révolte, la transforme en amertume ou en traits d’esprit. La chape est trop lourde, comment croire en la possibilité d’un ailleurs ? Quand enfin Thérèse parvient à exprimer son mal-être, elle le fait par la plus extrême des voies. Enfin Thérèse se rebelle, mais qu’il est difficile de briser cette chape de principes séculaires…

Où est le monstre, où est la victime ? Charge violente contre cette campagne étouffante où chacun « tient » son voisin grâce à quelque ragot, le roman de Mauriac remplit d’horreur mêlé de dégoût le lecteur placé face à ce mur de conventions, d’hypocrisie et de médiocrité. L’incommunicabilité et l’absence même de désir de communiquer est le véritable sujet, la cohabitation de ces deux personnages ne pouvait être que violente : une violence sourde, cachée derrière les volets. Pour décrire tout cela, la langue de Mauriac est terrible et impitoyable. Un roman poignant dans la violence qui entoure d’un personnage central  fascinant et pathétique, dans ce milieu détestable où rien ne nous est épargné, du petit sadisme ordinaire à l’antisémitisme en passant par la misogynie.

Bernard, ce garçon au regard désert, toujours inquiet de ce que les numéros des tableaux ne correspondaient pas à ceux du Baedeker, satisfait d’avoir vu dans le moins de temps possible ce qui était à voir, quelle facile dupe ! Il était enfermé dans son plaisir comme ces jeunes porcs charmants qu’il est drôle de regarder à travers la grille, lorsqu’ils reniflent de bonheur dans une auge (« c’était moi, l’auge », songe Thérèse). Il avait leur air pressé, affairé, sérieux ; il était méthodique. « Vous croyez vraiment que cela est sage ? », risquait parfois Thérèse, stupéfaite. Il riait, la rassurait. Où avait-il appris à classer tout ce qui touche à la chair – à distinguer les caresses de l’honnête homme de celles du sadique ?

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