La Trilogie Fabio Montale – Total Kheops, Chourma, Solea (Jean-Claude Izzo, 1995, 96 & 98)

La trilogie Fabio Montale a marqué le roman policier français. Car comme il parait naturel, pour parler de Marseille, d’utiliser le policier comme moyen d’expression, tant l’image d’une ville gangrenée par la violence et les trafics en tous genres lui colle à la peau… Et pourtant, comme Izzo l’aime cette ville !

trilogie fabio montale

Sur ce point comme sur d’autres, Montale, flic anti-héros, est l’avatar d’Izzo. Comme son créateur il est fils d’immigré italien, idéaliste, antimilitariste et amoureux de la mer, sans pour autant l’avoir naviguée au-delà des îles du Frioul, sauf pour son service à Djibouti. Montale aime Marseille, ses couleurs, ses ambiances, son mode de vie : la mer jamais bien loin, sa cuisine, ses vins, ses calanques, ses femmes.

Ville portuaire, ville d’immigration, melting pot où le nouvel arrivant, Noir ou Arabe subit le racisme de son prédécesseur Espagnol ou Italien. Ville de petits arrangements, mais également de magouilles plus ambitieuses, du fait notamment de l’implantation de la Mafia italienne.

Izzo ne cache pas ces aspects. C’est pourquoi Montale tisse une relation ambiguë avec la ville et ses habitants, la ville qu’il aime pour ce qu’elle a été, les habitants qui le dégoûtent pour ce qu’ils en ont fait. L’ambition du romancier dépasse largement la simple livraison d’une intrigue astucieuse, même si les trois récits sont très bien menés de ce point de vue. Izzo a commencé par publier des recueils de poésie, et on sent qu’il se livre ici à travers le personnage de Montale. Ce dernier est très travaillé, les détails sont soignés, des références de vins de Cassis aux titres de blues et de salsa qui accompagnent les rêveries et les coups de sang du flic solitaire.

Total Kheops, Chourmo et Solea sont des romans noirs dont l’ambition dépasse de loin l’intrigue policière. L’hommage rendu à Marseille en fait presque des livres de voyage… La trilogie explore de nombreux thèmes et paysages, mais après Solea, plus rien. Izzo a refusé de reprendre le personnage de Montale, malgré le succès des trois livres. C’est sans doute mieux ainsi. Cela évite de tourner en rond, de creuser les clichés du flic solitaire, nicotinomane, diluant son désabusement dans les enchaînements pastis-whisky. Pour Izzo, l’histoire dure le temps d’une déclaration d’amour en trois actes, puis rideau.

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4 réflexions sur “La Trilogie Fabio Montale – Total Kheops, Chourma, Solea (Jean-Claude Izzo, 1995, 96 & 98)

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