L’Assommoir (Emile Zola, 1876)

A peine arrivés à Paris avec leurs deux fils, Gervaise est lâchée par son compagnon, Lantier, un tire-au-flanc sans vergogne. Si elle part bien mal, à force de travail acharné, la jeune femme va réussir à s’en sortir, et ira même jusqu’à réaliser son grand rêve : ouvrir sa propre blanchisserie. Tant de bonheur chez Zola est évidemment intolérable : la chute sera rude.

l'assommoir

Germinal est un de mes livres de chevet depuis des années. Et pourtant, j’ai longtemps hésité avant de me lancer dans l’autre grand classique de Zola…

J’y ai trouvé ce dont j’avais peur. Si Germinal peint également la misère du monde ouvrier, il contient aussi la révolte, le soulèvement. Ici, que reste-t-il à sauver ? Alcooliques, mesquins, jaloux, égoïstes, radins, fainéants, profiteurs… Les personnages s’enfoncent tous dans leurs travers au fil du récit. Les seuls « bons ouvriers » sont des naïfs, roulés dans la farine par leurs voisins (c.f. Goujet). Quant à Gervaise, bonne comme le pain, elle ne peut pas s’en sortir dans ce panier de crabes…

A l’époque, il fallait sans doute cela pour rompre avec des visions du monde ouvrier quelque peu déconnectées de la réalité. Pour cela, Zola ne fait pas dans la finesse. Il accompagne la déchéance de ses personnages d’un langage qui se fait de plus en plus argotique, et n’hésite pas à forcer le trait dans ses descriptions. « Ce louchon d’Augustine » est le vice incarné, et la jeune Nana la seconde fort bien dans ce rôle. Les enfants sont pourris dès le berceau, plongés dans cette fange sans espoir d’en sortir. Quel tableau…

Zola a longtemps erré dans la Goutte d’Or pour peaufiner son style qui se veut très réaliste. Comme souvent, il maîtrise parfaitement l’évolution en intensité du roman. Une longue montée en puissance mène à un paroxysme mémorable, à l’image de la locomotive de La Bête humaine ou de la marche des femmes dans Germinal, et ce sommet est rapidement suivi d’une descente impitoyable. L’enchaînement ne laisse aucune chance aux personnes, il est aussi implacable que les mécanismes d’hérédité qui reviennent constamment (Coupeau et son père, Gervaise et Nana).

On peut saluer le courage de l’auteur, le poids de cette œuvre et son retentissement qui en font un classique. Il m’a pourtant été difficile d’y voir ce qui fait un chef d’œuvre. C’est trop, tout simplement. Trop de bassesse, trop de saleté, tout n’est que vice et pourriture… On pourra me répondre que c’était la réalité. Je n’y étais pas, mais quand bien même ce serait l’image exacte du monde d’alors, lire un roman, c’est s’attarder davantage sur les ambitions artistiques que sur les qualités documentaires. Bien des œuvres sont là pour prouver que l’alliance des deux n’est pas une hérésie, il suffit pour s’en convaincre d’ouvrir La Fête au Bouc de Vargas Llosa.

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