L’Axe du loup (Sylvain Tesson, 2004)

Il y a bientôt dix ans, Sylvain Tesson se lançait sur les traces de Slavomir Rawicz*, des goulags sibériens aux forêts tropicales du Bengale. A pied, à vélo, à cheval, longeant les rives du Baïkal, bravant le Gobi puis l’Himalaya, il a refait le chemin que parcouraient les évadés du goulag.

axe du loup

 Sur les terres qui virent passer les exilés du tsar puis du soviétisme, les hordes mongoles, la folle épopée du baron Ungern et les moines tibétains en fuite, Tesson avance sans relâche. Se nourrissant d’échanges avec les populations locales, couchant épisodiquement dans une grange ou sous une yourte, il approche les privations que vécurent Rawicz et ses compagnons. La force du récit tient dans cette volonté qu’on ne sent jamais vraiment fléchir, dans cet abandon de l’esprit face aux étendues infinies, vers l’horizon, toujours.

Néanmoins, dans un récit tout entier tourné vers l’effort, l’introspection et la solitude, la position du lecteur n’est pas facile à trouver… Sujet de sa propre expérience d’endurance et de ténacité, Tesson est chercheur et cobaye, il vit ce qu’il analyse : que reste-t-il alors au lecteur ? Il y a un côté paradoxal pour un homme affichant aussi haut son amour de la solitude qui tourne parfois à la misanthropie à partager cette expérience, et l’on se sent un peu exclu, mis à l’écart…

Car ce voyage a tout d’une quête spirituelle. Quand les évadés avaient le NKVD aux trousses, Tesson s’inflige de son propre chef ces privations et les accueille comme des bienfaits. Le lecteur se voit pris à témoin de cette expérience d’accomplissement personnel, quitte à ne tirer de sa lecture qu’un soupir d’admiration.

« Ce que je veux célébrer, c’est « l’esprit d’évasion » qui consiste à cotiser toutes ses forces, ses espoirs et ses compétences, à tout mettre en œuvre sans jamais laisser le découragement s’immiscer dans l’obstination, pour regagner la liberté perdue. S’évader c’est passer d’un état de sous-vie (la détention) à un état de survie (la cavale) par amour de la Vie. »

* L’histoire de Slavomir Rawicz a récemment été portée à l’écran, sous le titre Les Chemins de la liberté, avec notamment Colin Farrell. L’auteur de ces lignes ne recommanderait ce film que pour ses paysages.

2 réflexions sur “L’Axe du loup (Sylvain Tesson, 2004)

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