Cible nocturne (Ricardo Piglia, 2011)

Qu’est-ce qui a bien pu amener Tony Duran, joueur d’Atlantic City, au fin fond de la Pampa argentine où il rencontre une mort violente ? Ses relations avec les sœurs Belladona, riches héritières, y sont-elles pour quelque chose ? Ou bien est-ce le maître d’hôtel japonais avec lequel on lui prêtait une relation qui, jaloux, l’aura poignardé ? L’enquête remuera les eaux dormantes de cette bourgade provinciale, et à travers cette histoire c’est une partie de l’Argentine récente qui se dévoile.

 cible nocturne

Piglia peint le divorce entre la ville et la campagne, marqué par le décalage entre les campagnards et le journaliste venu de Buenos Aires. Il met en scène la corruption qui permet l’affolante spéculation et alimente les banqueroutes, il évoque l’espoir péroniste qui est partout, raconte le rouleau compresseur d’une certaine modernité lancé à pleine vitesse contre les obsessions, les rêves et les délires d’un industriel fauché ou d’un commissaire philosophe.

S’appuyant sur de nombreuses références littéraires, avec en fil rouge El Gaucho Martin Fierro d’Hernandez, poète argentin, Piglia intervient régulièrement pour souligner le lien entre fiction et réalité. S’il se libère par ce moyen de la contrainte journalistique, le contexte est tout ce qu’il y a de plus solide. Cette démarche place Cible nocturne dans la droite lignée du chef-d’œuvre Argent brûlé : portrait d’une époque et d’un pays, roman érudit et complexe.

 « Tony Duràn, aventurier et joueur professionnel, vit l’occasion de rafler la mise quand il tomba sur les sœurs Belladona. Leur ménage à trois scandalisa la ville et monopolisa l’attention des mois durant. On trouvait constamment Tony avec l’une ou l’autre au restaurant de l’hôtel Plaza, sans que personne ne parvienne à savoir laquelle l’accompagnait, car les jumelles se ressemblaient tellement que même leur écriture était identique. Tony ne se laissait que très rarement voir avec les deux en même temps, chose qu’il réservait à l’intimité, mais ce qui impressionnait surtout les gens, c’était l’idée que les jumelles dorment ensemble. Pas tant le fait de se partager un homme que le fait de se partager elles-mêmes. »

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2 réflexions sur “Cible nocturne (Ricardo Piglia, 2011)

  1. Pingback: Ombre de l’ombre (Paco Ignacio Taibo II, 1986) | Eustache Raconte

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