Le Llano en flammes (Juan Rulfo, 1953)

Le Llano, c’est un plateau désolé, livré au pillage et au meurtre, et à la vengeance qu’ils engendrent. Au-delà du Llano, Rulfo conte la vie de tous les péons du monde, l’absurdité qu’il y a à s’accrocher à ce tapis de sable et de caillasse balayé par les vents et brûlé par le soleil.

llano en flammes

Un paysage immuable ravagé par la lutte entre paysans catholiques, les cristeros, et soldatesque laïque. Le conflit traîne, les pendus jalonnent les routes de cette terre avare et sèche. Ce que Garcia Marquez peint avec humour à travers les péripéties du général Auréliano Buendia dans Cent ans de solitude, Rulfo en peint l’absurdité. Dans l’apathie généralisée, les crimes de guerre succèdent aux crimes d’honneur, chacun amenant son lot de vengeances qui alimentent le cycle sans fin de la violence.

Dans cette quinzaine de contes, au-delà du Mexique c’est toute la péonerie mondiale que Rulfo peint. On nous a donné la terre  ou C’est qu’on est très pauvres,  c’est le cri de ralliement des déshérités, c’est la lutte d’une humanité hagarde et désabusée, Luvina, c’est concentré en quelques pages l’ensemble de ces terres du monde que les dieux ont délaissées, oubliées des hommes, où même l’ennui serait une distraction.

Il y a dans ces textes à l’oralité faussement simple une forme d’universalité qui a forcé l’admiration de Garcia Marquez, Carpentier ou Le Clézio. Une force, une beauté se dégagent de ces histoires de sang et de flammes, de ce concentré d’histoire humaine. En un recueil et un roman (le sublime Pedro Paramo), Rulfo a créé un langage unique qui le place parmi les grands de la littérature.

« … On dit là-bas que, quand  la lune est pleine, le vent montre à quoi il ressemble, lorsqu’il file dans les rues de Luvina en traînant une couverture noire ; mais, moi, tout ce que j’ai jamais pu voir, quand la lune se montrait, à Luvina, c’était à quoi ressemblait le chagrin… Et jamais rien d’autre. »

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4 réflexions sur “Le Llano en flammes (Juan Rulfo, 1953)

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