La Sermon sur la chute de Rome (Jérôme Ferrari, 2012)

Après plusieurs arnaques, c’est sans illusion que Marie-Angèle confie la gérance de son bar à Libero et Matthieu, deux jeunes qui y voient l’occasion rêvée d’échapper à leurs études parisiennes pour retrouver leur coin de Corse. Contre toute attente, une alchimie se crée et les deux blancs-becs renouvèlent complètement l’établissement, qui voit alors revenir ses habitués et attire touristes et locaux dans le plus bel esprit qui soit.  Mais comme les empires les plus solides, ce monde parfait est périssable.

 sermon sur la chute de rome

Le pont jeté à travers les siècles vers la sagesse d’Augustin à la chute de Rome nous ramène à l’absurde des efforts humains, à l’insignifiance des remparts construits autour de mondes apparemment éternels qu’un soubresaut suffit pourtant à jeter à terre. 1500 ans après les sermons du prêtre philosophe, rien n’a changé et l’Homme croit toujours pouvoir échapper à la marche du monde, comme Matthieu qui se croit protégé dans le monde qu’il s’est construit au fond d’une vallée corse. On croise aussi la douleur de ceux qui se confrontent au tumulte, comme sa sœur Aurélie, ou l’amertume de ceux qui en subissent les évolutions au prix de leurs grandes ambitions, comme son grand-père Marcel.

Ces êtres ne sont pas maudits, pas mêmes poissards, ils ne sont qu’humains, bassement. Ferrari se fait fossoyeur des ambitions humaines, dont il met en lumière la naïveté ou la vanité. Quoi qu’ait pu en dire Augustin, la réponse ne viendra pas d’en haut, car il faut s’y faire, être humain c’est avant tout cela, encaisser, user sa résilience jusqu’à la fibre, sans espoir d’un soutien venu d’ailleurs. Voir son monde brûler et reconstruire ailleurs.

J’ai du mal à partager l’enthousiasme des jurés du Goncourt et d’une grande partie de la critique, le style est trop souvent pesant, et les différentes intrigues, si elles se rattachent au même propos, manquent de cohésion. Les aventures africaines d’Aurélie tombées de nulle part ou l’agonie d’Augustin n’apportent pas grand-chose au propos. C’est joliment écrit, c’est dans l’air du temps, mais finalement… L’ambition de transcender l’histoire contée, de saisir une facette de l’Homme dans les mots, de cristalliser à travers les vies de ces familles corses un peu de l’histoire du monde contribue à affaiblir l’histoire elle-même, noyée dans ces considérations méta-physiques. L’issue est posée dès le début, la tragédie progresse inexorablement, l’espace était alors disponible pour donner bien plus de profondeur aux personnages. Au lieu de cela, trois histoires simples et un principe simple, « tout tourne mal ».

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Une réflexion sur “La Sermon sur la chute de Rome (Jérôme Ferrari, 2012)

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