Endymion, L’Eveil d’Endymion (Dan Simmons, 1995 & 97)

Alors que l’Hégémonie a disparu depuis plus de deux siècles, l’Église catholique s’est relevée pour prendre sa place, appuyée par les forces de la Pax et la flotte commerciale du Mercantilus. Son pouvoir se fonde sur le nouveau sacrement de la résurrection, étendu à l’ensemble de ses fidèles par le biais d’un symbiote, le cruciforme, similaire à celui que portait l’infortuné Père Duré.

Mais cet équilibre est fragile : des Tombeaux du Temps doit sortir Énée, fille Brawne Lamia et du cybride John Keats, et son arrivée pourrait tout changer. Aussi le poète Martin Silenus mandate-t-il Raul Endymion, jeune homme totalement étranger aux grands courants de son temps, pour qu’il sauve la fillette, renverse l’Église et retrouve l’Ancienne Terre, enlevée par les Intelligences Artificielles du TechnoCentre.

endymion

Bien qu’elle se déroule 272 ans plus tard, l’histoire prolonge directement l’intrigue d’Hypérion. Impossible de prendre le train en cours de marche… Ce deuxième cycle forme avec Hypérion un édifice monumental. La richesse des mondes créés, l’entrelacs d’intrigues parallèles, le foisonnement d’éléments insignifiants qui s’assemblent à mesure que le récit progresse pour former une fresque formidable en font une œuvre d’une ampleur rare, pour laquelle le terme de space opera semble avoir été créé.

Le récit est rapide et dense, indispensable pour dérouler les mille et quelques pages de chasse à l’homme galactique, digne des meilleurs romans d’aventure. Dès le début, Enée connaît l’histoire, mais nous la vivrons au travers du naïf Endymion, lent à la comprenure et sympathique dans sa gaucherie. L’intrigue dans laquelle il est plongé, qui met en jeu des forces transcendant l’univers connu, le dépasse totalement, mais c’est résolument qu’il suit Enée dans ses péripéties. Muni de ce personnage lourdaud et simple, Simmons n’a pas à s’embarrasser d’analyses poussées de personnalité et se concentre entièrement sur les mondes qu’il élabore et les tourmentes qui les ébranlent.

Planète d’exode palestinienne, monde himalayen adopté par les derniers bouddhistes, chars à voile des planètes-déserts… Comme les parcours des sept pèlerins d’Hypérion, le périple d’Enée et Endymion sur le fleuve Thétys est l’occasion pour Simmons de laisser libre court à son imagination. A chaque chapitre un nouveau monde, à chaque monde son histoire ; le récit prend racine dans l’époque contemporaine dont Simmons brode l’évolution jusqu’à plusieurs siècles en avant, dans une merveille de cohérence et d’inventivité.

Néanmoins, ceux que le vocabulaire technoïde repousse comme ceux qui ont honte d’arborer dans le métro les couvertures pré-ados de Pocket peuvent dores et déjà laisser tomber. Ceux que ces deux écueils ne rebutent pas pourront apprécier cette œuvre majeure de la science-fiction de ces vingt dernières années.

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