Chroniques martiennes (Ray Bradbury, 1950)

2030, l’Homme débarque sur Mars. Alors que Mars pourrait être un nouveau départ pour l’humanité, une page blanche offerte à une poignée de courageux, elle devient rapidement une vulgaire colonie qui servira d’échappatoire aux victimes des guerres terrestres, une nouvelle Amérique dont les indigènes sont destinés au même sort que les Amérindiens en leur temps. Adieu la culture martienne, adieu ses grandioses cités, jusqu’à leur souvenir. Quelques uns s’opposent, essayent d’autres routes, mais l’invasion de masse est pour bientôt, et alors il n’y aura plus de place pour les fantaisies de ces originaux…

chroniques martiennes

La mélancolie qui se dégage de ces nouvelles scelle dès le début le sort des Martiens, dont l’univers s’efface à mesure que s’effondrent leurs cités de cristal pour laisser la place à New New York et New Chicago (anticipation ?). En écrivant Mars, Bradbury parle avant tout des hommes ; l’humanité est passée au révélateur par la fragilité de ce monde, où les comportements les plus anodins ont des conséquences disproportionnées. Il y a d’abord les masses qui déferlent sur la planète rouge, venues agrandir la Terre, et puis ces illuminés, ceux pour qui Mars est l’opportunité de donner libre cours à leurs lubies, comme celui-ci qui se projette déjà magnat du hot dog ou cet autre qui rêve de couvrir d’arbres les déserts martiens…

Ce recueil se lit comme un roman, les nouvelles sont ordonnées chronologiquement pour reconstituer l’histoire de la conquête de Mars. En se libérant des contraintes narratives du roman, Bradbury peint plus qu’il n’écrit, accumule les scènes pour donner une vue panoramique de cette invasion. On est frappé par l’onirisme des textes, par la beauté de ce monde détruit avant d’être connu, sans même que ses bourreaux n’en prennent conscience, comme un insecte écrasé par la grande marche du progrès. C’est avec ce style empreint de poésie que Bradbury connaîtra à nouveau le succès trois après la publication des Chroniques avec son œuvre la plus connue, Fahrenheit 451.

« Elle ne s’intéressait point à l’échiquier d’ivoire des cités mortes qui glissait en contrebas, ni aux anciens canaux remplis de vide et de rêves. Ils survolaient des fleuves et des lacs asséchés comme une ombre lunaire, comme une torche ardente. »

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4 réflexions sur “Chroniques martiennes (Ray Bradbury, 1950)

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