Tueur de bisons (Frank Mayer, 1958)

Mort en 1954 à l’âge canonique de 104 ans, Frank Mayer a participé, entre 1870 et 1880, à l’exploitation du bison dans les Grands Plaines qui s’arrêta avec la quasi-extinction de l’espèce.

tueur de bisonsLe titre anglais de ce témoignage qu’il livre sur ce volet mythique de la conquête de l’Ouest est The Buffalo harvest, soit en français « la récolte des bisons ». Cette formule laisse bien mieux transparaître l’aspect industriel de ce gigantesque massacre organisé…

Mayer se décrit comme un « businessman », un entrepreneur du bison. Il livre diverses astuces pour garantir la profitabilité de son commerce, les trucs utilisés par les coureurs pour atteindre l’efficacité maximale. Son ton est volontiers moqueur vis-à-vis de l’imagerie populaire de cette période, ces images d’Epinal exacerbant le courage ou l’adresse des coureurs étant toutes plus ou moins éloignées de l’abattage optimisé à l’extrême que pratiquaient les coureurs. Les récurrents débats sur les vertus de tel ou tel fusil de chasse n’intéresseront pas tous les lecteurs, mais dans l’ensemble ce témoignage est terrible d’actualité :

« On est en droit de se demander si le massacre était justifié ou si ça aurait pu se passer autrement. Je le pense pas. Je crois que le massacre des buffalos constituait ce que nos contemporains appelleraient un nécessité historique. »

Les détails techniques et économiques, de la qualité de poudre à utiliser à la rentabilisation des carcasses dépecées, noient le sujet, nous éloignent de cette extermination méthodique. On s’y voit presque, comptant les balles, alignant les chiffres, choisissant les meilleurs flingues. Effrayant. Quand on s’extrait de cette vision, la courte-vue de ces businessmen de la gâchette paraît à nouveau inconcevable, jusqu’à ce que nous passe à l’esprit l’un ou l’autre de ces sujets contemporains, pétrole, gaz de schiste ou braconnage, auxquels la transposition du récit de Mayer est loin de nous laisser le cœur léger.

A noter que cette publication fait partie d’une démarche plus large des éditions Anarchasis (chez qui vos serviteurs ne possèdent nulle participation) qui publient d’autres témoignages sur la conquête de l’Ouest, à retrouver ici.

Une réflexion sur “Tueur de bisons (Frank Mayer, 1958)

  1. Pingback: Tristesse de la terre – Une histoire de Buffalo Bill Cody (Eric Vuillard, 2014) | Eustache Raconte

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s