Asmara et les causes perdues (Jean-Christophe Rufin, 1999)

A Asmara, l’ancienne capitale coloniale de l’Éthiopie italienne, un vieil arménien se délecte d’avance de l’arrivée d’une équipe d’humanitaires français à l’occasion de la grande famine de 1985. Rapidement il sait se rendre indispensable et les écueils de la mission viennent mettre un peu de sel dans sa vie devenue bien morose.

asmara et les causes perdues

Si j’avais beaucoup apprécié Un léopard sur le garrot, récit autobiographique où Rufin revient notamment sur ses engagements humanitaires, j’étais resté plutôt fâché avec l’auteur après qu’il eut commis l’irritant Katiba. On retrouve ici le meilleur de l’auteur.

Les causes perdues, ce sont aussi bien cette plongée dans le capharnaüm politique éthiopien que les idéaux que ces volontaires n’ont jamais vraiment rencontrés, trop éthérés pour se satisfaire de la construction d’un centre de soins en pleine brousse, comme ce chef de mission qui « fait le bien faute de mieux ». Malgré la délicatesse des descriptions de la beauté figée d’Asmara, l’Éthiopie n’est qu’un décor, un prétexte pour parler de ce milieu que Rufin a longtemps pratiqué, sur le terrain et comme dirigeant d’ONGs. Il ne nous épargne rien des débats grandiloquents, des discours enflammés et des petites luttes d’influence au sein de cette mission pour laquelle l’Éthiopie fait office de huis-clos. Chacun défile chez le narrateur pour y déverser sa bile et ses états d’âme ; passée l’excitation des premiers temps le sens de l’action se perd rapidement, aucune vision commune ne semble relier ces femmes et ces hommes aux motivations variables et plus ou moins honorables.

Le regard extérieur, rendu possible par la forme de journal d’un observateur neutre, laisse libre champ à Rufin pour rendre compte . On peut regretter le style est un peu lisse, « gentil ». On les accepte pourtant volontiers tant cette chronique permet d’ouvrir des portes sur un secteur méconnu et que les médias ne peignent bien souvent que romancé à outrance ou pourri à cœur.

2 réflexions sur “Asmara et les causes perdues (Jean-Christophe Rufin, 1999)

  1. Pingback: Katiba (Jean-Christophe Rufin, 2010) | Eustache Raconte

  2. Pingback: Cette petite île s’appelle Mozambique (Jordane Bertrand, 2016) | Eustache Raconte

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