Crépuscule sanglant (James Carlos Blake, 1997)

En Floride, dans les années 1840, Edward et John sont obligés de fuir vers le Texas après avoir tué leur père. Nous sommes à l’aube de la guerre américano-mexicaine pour ce vaste territoire sujet de tous les fantasmes. Les États-Unis en pleine expansion se découvrent à cette époque une « destinée manifeste« , dont les deux frères seront les sanglants artisans, qu’il s’agisse de massacrer l’Indien ou le Mexicain.

crepuscule sanglant

Le Sud des Etats-Unis est à cette époque écumé par les chasseurs d’Indiens, les bandits, mercenaires, hors-la-loi et hors-le-monde, tous ces marginaux qu’on regardera toujours comme du gibier de potence, ceux que les bons citoyens lyncheront quand ils les surprendront seuls et éviteront soigneusement dès qu’ils seront plus de deux. Leurs meutes arpentent le no man’s land qui sépare les Etats-Unis du Mexique, parfois encouragées dans leurs exactions par les autorités d’un côté ou de l’autre. On retrouve alors des scènes que ne renierait pas le Peckinpah de La Horde sauvage.

Blake éclaire brillamment l’histoire de la violence dans ces zones où elle paraît encore aujourd’hui vivace. Le héros sensible de Dans la peau fait place à deux gamins poussés à tout pour survivre dans un monde amoral, où la loi fait office de vague ligne directrice pour une justice qui n’est qu’un instrument entre les mains de potentats divers, tout juste bonne à légitimer les litres de sang versés auprès d’un état qui semble bien loin.

Les seuls termes qui viennent à l’esprit pour décrire l’inouïe violence que les deux frères subiront autant qu’ils la pratiqueront tiennent du vocable animalier, tant cette bestialité qui les attend à chaque carrefour nous paraît inconcevable. La violence rappelle le McCarthy de Méridien de sang, auquel ce roman a parfois été comparé sans qu’il n’ait eu à en rougir. Blake signe un chef d’œuvre brut, une épopée crasseuse, sanglante et magistrale dans un Far West qui tient plus des pires Désastres de la guerre de Goya que des huiles de Remington.

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5 réflexions sur “Crépuscule sanglant (James Carlos Blake, 1997)

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