La Face cachée du Che (Jacobo Manchover, 2007)

En T-Shirts, en films, en chansons, l’icône Che Guevara a envahi l’imaginaire publique. Un éternel rebelle, un guérillero humaniste, une sorte de Robin des Bois modernes, voilà ce que renvoient les clichés que Manchover s’applique à démonter un par un.

Che

En 2004, Walter Salles remporte de nombreux prix et les éloges de la presse avec Carnets de Voyage, un road-movie picaresque qui contait le premier voyage en Amérique d’Ernesto Guevara, accompagné de son ami Alberto Granado au volant d’une Norton 500 colérique. Une belle photographie, une BO signée Santaolalla, Gael Garcia Bernal dans le rôle du Che, le film avait de l’allure. Voilà donc ce qu’était le Che, ce grand homme, touché dès sa jeunesse par la misère dans les mines chiliennes et les léproseries péruviennes…

Machover prend cet évènement comme point de départ de son entreprise de désacralisation. En se fondant sur les écrits du Che, il s’efforce de montrer un Che sans conscience politique et déjà bien loin d’une vocation de médecin. En avançant dans le temps et au fil des divers engagements de Guevara, le journaliste éclaire les zones d’ombres de sa biographie, comme cette période où il n’était que l’exécutant des basses tâches de Fidel à la forteresse de La Cabaña, où les « traîtres à la Révolution » étaient passés par les armes, exécutions revendiquées haut et fort par le Che à la tribune de l’ONU.

Si l’on en croit Machover, deux photos, celle des T-Shirts rouges des fashionistas, et celle d’un Christ révolutionnaire abattu en Bolivie, ont suffi à certains pour construire un mythe, bien aidés en cela par Castro. Le mythe d’un idéaliste, poète, médecin, défenseur des pauvres, humaniste, critique du socialisme. Machover montre donc les contradictions du pantin dans les mains de Castro, l’idéologie floue, le péronisme admiré puis rejeté, l’attirance pour Staline qui devient répulsion, l’incompétence économique et agricole de celui qui sera pourtant ministre et directeur de la banque nationale.

En se fondant sur les écrits du Che et les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé, Machover réalise un travail prometter qui ébranle l’icône rebelle qu’avait su en faire Castro et quelques apologistes, de Régis Debray à Jean-Paul Sartre ou Régine Deforges. Néanmoins, on sent un réel manque… Les citations sont distillées de ci de là, avec le sentiment qu’elles viennent étayer une image déjà toute faite du personnage plutôt que de participer d’une entreprise de recréation de la personne de Guevara. Convaincu de tenir en la personne du Che une brute sanguinaire, l’auteur, pour déboulonner le mythe, pointe toutes les différences entre ce portrait verni et une réalité moins glorieuse. On ne s’élève ainsi jamais au dessus de l’attaque frontale des hagiographes qui ont beaucoup admiré le Che sans l’avoir lu, au nom d’idéaux révolutionnaires parfois bien parisiens et éloignés de la poudre et de sang de la Sierra Maestra.

On connaissait donc les pro-Che, voici un anti-Che. On en sait certes plus sur les points sombres de l’histoire de Guevara, mais on aurait aimé que l’analyse aille plus loin pour rentrer réellement dans la complexité de ce personnage, prêt à mourir pour des idéaux flous dès les premières escarmouches dans la Sierra Maestra. Qu’y avait-il derrière ces fameux idéaux ? Un simple besoin de violence mal maquillé ? Qu’est-ce qui motive cet homme ? Machover échoue là où Rybakov avait, dans un autre genre, celui du roman, dans le titanesque Les Enfants de l’Arbat, réussi à saisir le personnage de Staline en lui donnant une réelle épaisseur. Ce livre fera la joie des anti-Guevara, mais si vous l’offrez à un guevariste convaincu il y a toutes les raisons de penser que vous finirez noyé dans une polémique sans fond. Et pour ceux qui dépassent le symbole et s’interrogent sur l’homme qui se cache derrière, cette lecture ne fera qu’épaissir le nuage, que seule la lecture des textes originaux de Guevara pourrait peut-être dissiper.

D’autres en parlent beaucoup mieux que moi,  comme ici Stéphane Boisard

Pour finir de se convaincre en légèreté que Cuba n’a rien d’un paradis, on pourra aussi se pencher sur les truculentes aventures de Pedro Juan Gutierrez.

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