Thomas l’Agnelet (Claude Farrère, 1921)

Quand le simple maître d’équipage Thomas Trublet revient couvert de gloire à Saint Malo après avoir coulé bas un navire de guerre hollandais, il se trouve immédiatement un armateur pour lui offrir un commandement. Le voilà parti pour une croisière aux Antilles qui fera de lui le corsaire le plus célèbre des Amériques…

thomas l agnelet

Trublet a tout du bon malouin de romans d’aventure : râblé, bon vivant, grand patriote, bigot le dimanche et intrépide la semaine. On croirait une description de Surcouf par Garneray. Il est accompagné d’un fidèle second, d’un équipage entièrement dévoué, et ses géniales intuitions de marin le mettent à l’abri des captures tout en lui permettant toutes les audaces. Une fois débarqué à la Tortue, son histoire emprunte à toute la littérature et l’histoire pirate : ses rencontres nous rappellent de fameux navigateurs (Mary Rackam pour Mary Read, compagne de Jack Rackham, ou Red Beard pour Barbe Noire), sa prise de Ciudad Real a des réminiscences de Maracaïbo (prise par l’Olonnais en 1666 puis Morgan en 1669) et certaines anecdotes font remonter des souvenirs (la cruauté de l’Olonnais).

Les descriptions des combats de Surcouf qu’a laissées Louis Garneray ne sont pas loin. Le rythme, le vocabulaire (et notamment les savoureuses expressions malouines saupoudrées par Farrère), des personnages auxquels on s’attache, tout y est. Restait à donner comme fil rouge une grande histoire d’amour, de celles qui lancent les hommes dans les plus absurdes folies, et l’on tient là le parfait roman d’aventures, nourri par l’impressionnante érudition que Farrère laisse transparaître dans ses nombreuses et instructives notes de bas de page.

Après cette lecture, une petite remarque d’ordre plus général vient à l’esprit. Là où James Carlos Blake ou Cormac McCarthy parviennent à rendre parfaitement la violence du Far West, Claude Farrère, comme bon nombre d’autres romanciers de la piraterie, laisse plus ou moins le sujet de côté. Gouailleur, intrépide, aventurier des mers, le pirate l’est peut-être dans l’imaginaire populaire, mais ces abordages au corps à corps, ces canonnades de mitraille qui déchirent les corps, la discipline de fer et les supplices associés ? Non, le pirate est semble-t-il homme d’honneur, voire bon chrétien comme ici l’Agnelet. Farrère date quelque peu, mais à quand le grand roman pirate moderne, pourfendeur des clichés bon-enfant ?

Une réflexion sur “Thomas l’Agnelet (Claude Farrère, 1921)

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