L’assassin qui est en moi (Jim Thompson, 1952)

Lou Ford, sheriff adjoint de Central City, est unanimement apprécié pour sa sympathique bonhomie. Pourtant, ce Texan moyen porte en lui un démon qui ne demande qu’à resurgir. Quand se présente l’occasion de venger la mort de son frère, une vengeance dont il rêve depuis des années, il est bien difficile de résister…

assassin qui est en moi

Passer pour un niais pour mieux se moquer du monde. Jouir dans sa tête d’un second degré que l’air benêt qu’il affiche ne laisse pas soupçonner à ses interlocuteurs. A la première personne, le monde vu par Lou Ford se vit en termes de jeux de rôles et de manipulations. D’un cynisme noir, complètement dépourvu de morale, il assume parfaitement ce qu’il est et en jouit tranquillement, sûr de sa supériorité sur ses interlocuteurs. Ses raisonnements froids et ses petits calculs en font une sorte de génie du mal un peu minable, coincé dans sa ville de province et dans une position bien inférieure à ce que ses capacités intellectuelles lui permettraient, simplement pour ne pas éveiller les soupçons.

Ce roman avait été publié en 1966 dans la Série noire, dans une version quelque peu atrophiée. Le voilà de retour dans une nouvelle traduction intégrale. Rien que de mérité pour Jim Thompson, à qui l’on doit également Pop. 1280, que Bertrand Tavernier transposera plus tard en Afrique française dans l’excellent Coup de torchon. Comme dans ce dernier, L’assassin qui est en moi est autant le portrait d’un homme que celui d’une certaine « Amérique profonde », de l’hypocrisie des petites villes où chacun sait tout sur son voisin et sur les trois générations qui l’ont précédé.

L’intrigue peut faire penser à la série Dexter, à ceci près que Lou n’a pas les états d’âme du personnage télévisé, que la ploucardise de Central City n’a rien à voir avec les airs cubains de Miami, et qu’on est loin de la réalisation lisse de Showtime. La plume de Thompson est sèche et acerbe, vive comme un Céline ; des monologues intérieurs de Lou Ford suinte un mépris froid et violent. La folie, la violence , le cynisme ; c’est glaçant, c’est agressif, ça prend aux tripes. On tient tous les éléments d’un grand roman noir, auquel fait honneur l’excellente traduction de Jean-Paul Gratias.

« Son sourire devient de plus en plus crispé. J’entends craquer le cuir de ses chaussures ; il en piétine sur place tellement il a hâte de se débarrasser de moi. Il n’y a rien de pire qu’un casse-couilles, à part un casse-couilles qui débite des lieux communs. Mais comment envoyer balader un brave type sympathique qui vous donnerait sa chemise. »

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