Dieu bénisse l’Amérique (Mark SaFranko, 2010)

Max Zajack est né dans une famille d’immigrants est-européens dans le New-Jersey. Il revient sur ses jeunes années dans la banlieue de Trenton, où, désabusé et dépressif avant l’âge, il erre d’une bourde à l’autre et subit avanie sur avanie. Pareil déferlement de déveine a beau confiner à l’absurde, rien ne semble vouloir faciliter la trajectoire du pauvre Max dans ce parcours pathétique.

dieu benisse l'amerique

SaFranko ouvre sur deux citations de Pedro Juan Gutierrez et Céline. Du premier, l’auteur retient les tribulations crasses, le style brut et oral. Au second il emprunte la folie langagière et le cynisme noir. L’histoire qu’il raconte, c’est la vie dans les banlieues américaines de la côte Est, la version au vitriol de ces villes sans âme que chante parfois Springsteen. Cette voie de garage semble la seule possible pour le jeune Zajack, dont le défaitisme commence au berceau. « Une chose est sûre, d’entrée de jeu, c’était mal barré ». Belle entrée en la matière ! De là tout se déroule, et chaque page tournée amène sa vacherie, qu’elle soit subie ou prodiguée. Les gamins peints par SaFranko sont des bêtes : Sa Majesté des mouches, c’est tous les jours, à l’école comme chez les scouts, « pas besoin d’isoler une bande de gamins sur une île déserte pour étudier leurs instincts… »

Face à cette vie qui ne semble pas vraiment bien lancée, le jeune Max subit tout. A-t-il tort, d’ailleurs ? Chaque tentative de rébellion de ses parents contre ce foutu sort se transforme en catastrophe. Ainsi des vacances programmées par le paternel, où le carrosse familial à peine étrenné explose en route dans une scène face à laquelle on ne peut retenir un rire, pour sadique qu’il soit. C’est triste, bien sûr, cet avenir bouché, cette médiocrité. Mais cette avalanche d’avanies tient d’un tel acharnement du sort… Comment ne pas sourire ?

Évidemment, Max sourit peu. Coincé entre une famille abêtissante et un futur bouché, il a trouvé une autre issue pour respirer un peu. Le voilà bien vite traînant partout son obsession sexuelle, s’astiquant énergiquement entre deux petits boulots. On ne serait pas étonné d’apprendre qu’on tient-là le récit des jeunes années de l’ineffable Robert Crumb

Voilà un roman d’apprentissage baigné dans l’égout, sale au possible. C’est urbain, sombre, drôle et tragique à la fois, du grand dirty realism.

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2 réflexions sur “Dieu bénisse l’Amérique (Mark SaFranko, 2010)

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