Wilt 1 (Tom Sharpe, 1976)

Henry Wilt est enfoncé jusqu’au cou dans une médiocrité qui lui devient soudainement insupportable. Professeur de littérature dans un lycée technique, il s’épuise à tenter d’inculquer des rudiments de cultures à des étudiants dégénérés et ne rentre chez lui que pour subir le babil de sa femme. Les remontrances de cette dernière la lui rendent chaque jour un peu plus invivable, jusqu’à ce qu’elle pousse le vice assez loin pour l’amener à envisager l’irréparable… Mais l’arrivée d’une voisine nymphomane va contrecarrer ses plans.

wilt 1

Le sous-titre Comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore annonce la sauce. Les cocasseries s’enchaînent à toute berzingue, quiproquos, situations rocambolesques, jeux de mots plus ou moins orduriers… Sharpe maîtrise la panoplie complète des effets comiques, et la met à profit dans une satire aussi féroce que drôle. Les universitaires verbeux, le système éducatif à l’abandon, les bons bourgeois dissimulant tant qu’ils peuvent leurs frasques sexuelles, tout le monde en prend pour son grade. Et on rit ! Combien de fois rit-on ouvertement en lisant ? Avec Wilt, les rires fusent, autant être prévenu sous peine d’affronter les regards scrutateurs de ses voisins de métro surpris par un fou rire inopiné. Certains auteurs font volontiers sourire, comme le Jonathan Coe du Testament à l’anglaise, mais ce n’est rien face aux énormités qu’ose Sharpe.

Évidemment, il est difficile – et finalement peu souhaitable – de maintenir une telle tension comique en permanence. Aussi, si certains passages sont hilarants, d’autres s’avèrent plus plats. Il faut parfois laisser retomber la pression pour repartir de plus belle… Cette  maîtrise du rythme, théâtrale, donne parfois au roman des airs de vaudeville, effet renforcé par la prépondérance donnée aux dialogues, dans un style argotique très bien rendu par la traduction.

Wilt n’est pas très fin, il est même plutôt brut de décoffrage. Mais ces intellectuels bien décidés à enseigner la libération sexuelle à la femme de ce prof de banlieue déconfit, ces élèves mous du bulbe, les tentatives délirantes d’un raté pour qu’enfin une infime part de l’oppression qu’il subit s’évanouisse, ce glorieux mélange de pédants et de miteux se tapant dessus, tout cela lui procure un comique irrésistible.

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Une réflexion sur “Wilt 1 (Tom Sharpe, 1976)

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