Ces îles qui pourraient disparaître (Virginie Duvat & Alexandre Magnan, 2012)

Elles font moins d’un kilomètre carrés, ne dépassent pas les trois mètres d’altitude, mais elles hébergent au total 4 millions de personnes. Ces îles coralliennes sont, d’après le discours dominant, vouées à disparaître, et leurs populations à émigrer. Qu’en est-il vraiment ? De quels systèmes parlons-nous ? Qui les habite ? Le passé peut-il aider à répondre au défi posé par le changement climatique ? C’est à ces questions que Virginie Duvat et Alexandre Magnan se proposent de répondre.

ces iles qui pourraient disparaitre

L’ouvrage se veut très didactique. Après une présentation des caractéristiques géologiques et écologiques des îles coralliennes, un historique de leur peuplement nous amène à la situation actuelle. On en vient alors aux données disponibles sur les menaces subies par ces systèmes, puis au réponses possibles, basées sur un bilan des capacités des États coralliens.

Au-delà de l’intérêt du sujet, ce livre soulève l’enjeu scientifique majeur concernant la réaction des écosystèmes face au climat : atmosphère, biosphère et lithosphère sont en interaction permanence, si bien que la compréhension du phénomène global ne saurait se limiter à celle d’une de ses composantes. Certes, l’océan peut monter, il l’a déjà fait, mais nos connaissances sur les réactions des coraux face à cette variation sont incomplètes. De même, les populations des atolls ont déjà connu les contraintes posées par un environnement fragile et mouvant. Les condamner sans discussion à l’exil révèle donc une méconnaissance de la complexité du bouleversement dont il est question et de l’histoire des peuples concernés.

Duvat et Magnan évoquent par ailleurs une forme de dés-apprentissage des pratiques traditionnelles face à la mer, liées notamment à l’effacement des structures ancestrales de propriété. Ce bouleversement socio-économique a poussé à construire toujours plus près de l’eau, voire à gagner par tous les moyens du terrain sur l’océan. Or ces terres gagnées sur le plateau corallien déstabilisent l’équilibre qui régit la vie du récif, le fragilisant ainsi face à des changements supplémentaires.

La conclusion que livrent les deux chercheurs est intéressante : « Ces territoires sont-ils plus vulnérables que d’autres face au changement climatique ? » La définition de vulnérabilité proposée souligne réellement les interdépendances entre les écosystèmes et les sociétés avec leurs organisations, leurs activités économiques, etc. Aussi la seule morphologie d’un territoire ne suffit-elle pas à le définir comme vulnérable. Nous voici ainsi face à notre aveuglement : condamner ces États est facile, mais trouver avec eux des solutions (ou pour le moins s’intéresser à celles qu’ils s’emploient à mettre en place) pourrait bien nous être utile un jour, nous qui sommes parfois aussi vulnérables, mais d’autres manières…

L’ouvrage exemplifie bien les enjeux du changement climatique et permet de prendre du recul par rapport aux discours dominants. De la bonne vulgarisation, pour tous ceux que les problématiques liées au développement durable intéressent.

On trouvera une fiche de lecture plus détaillée ici et un long article des auteurs sur le même sujet ici

Une réflexion sur “Ces îles qui pourraient disparaître (Virginie Duvat & Alexandre Magnan, 2012)

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