Nous ne sommes rien soyons tout (Valerio Evangelisti, 2004)

Né dans une famille de syndicalistes communistes, Eddie ne voit pas vraiment d’avenir dans la lutte sociale. Aussi, quand un membre de l’organisation mafio-syndicaliste locale à la solde des patrons le contacte, il n’hésite pas une seconde. Le voilà parti pour une grande carrière dans la pègre américaine de la première moitié du XXème siècle, qui l’emmènera jusqu’aux délires du maccarthisme.

nous ne sommes rien soyons tout
L’intrigue est plaisante, on y on croisera la masse replette d’Albert Anastasia (patron de la Murder Incorporation, qui prenait en charge les assassinats pour les familles new-yorkaises) et la silhouette osseuse du leader communiste Harry Bridges, mêlées aux noms de Jimmy Hoffa, Frank Costello ou Meyer Lanski. L’ambiance est un mélange de Sur les quais, du Parrain et de Boardwalk Empire : chantage, corruption et arrangements en tous genres. Les maffieux récupèrent tout à leur compte, qu’il s’agisse des grèves qu’ils provoquent ou des policiers qu’ils lâchent sur leurs opposants.

Dans ce foisonnant environnement historique, l’apport d’Evangelisti, en dehors de la documentation sous-jacente, se résume au personnage pervers d’Eddie Florio.  La narration en interne souligne l’absence totale d’état d’âme de cette petite frappe qui tue sans hésitation pour s’élever dans le système mafieux. Eddie est un homme de l’ombre, qui sait se rendre tout juste assez indispensable pour s’assurer tout le confort auquel il aspire, sans jamais pousser au point de se mettre dans la lumière.

Un personnage fictif entouré de figures historiques, le principe est classique (employé par Robert Margerit dans La Révolution par exemple). Il est particulièrement efficace quand il s’agit de rendre avec réalisme une époque riche en évènements. De fait, la part d’Histoire contenue dans ce roman est passionnante. L’aspect romanesque l’est moins : le portrait de Florio est noyé dans le flux d’éléments historiques et peine à prendre de l’ampleur malgré ses excès en tous genres. Evangelisti s’est laissé entraîner dans un grand récit historique, mais a un peu oublié son personnage en cours de route. On a l’impression d’avoir survolé un pan mythique de l’histoire américaine, sans vraiment entrer dans le sujet. Traiter l’intrigue avec autant de soin que celui apporté à la toile de fond aurait demandé une bonne dose de papier en plus, mais peut-être ces quarante années d’histoire américaine les méritaient-elles.

Toutefois, on peut sans doute adorer ce bouquin justement parce qu’il met davantage en valeur son contexte historique qu’une intrigue originale, la preuve

2 réflexions sur “Nous ne sommes rien soyons tout (Valerio Evangelisti, 2004)

  1. Pingback: Tortuga (Valerio Evangelisti, 2008) | Eustache Raconte

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