La fin de notre petite ville (Dimitris Hadzis, 1963)

 La fin de notre petite ville brosse en sept nouvelles le tableau d’une ville grecque en pleine mutation, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Un équilibre disparaît, nul ne sait ce qui le remplacera ; les résistances sont féroces et désespérées.

fin de notre petite ville

Ces nouvelles ont la saveur des contes : on a envie de lire à voix haute, de déclamer cette prose pure, dépouillée. Hadzis, c’est tout le contraire du sublime, c’est la douceur même quand il traite de mesquinerie, c’est l’émotion sans lyrisme, et en toute occasion une forme de tendresse pour ses personnages, mâtinée de nostalgie.

Cette nostalgie n’est pas celle d’une Grèce bonhomme, villageoise et sympathiquement provinciale. Les sept tableaux de Hadzis sont avant tout ceux de la mesquinerie, de l’atavisme et de l’aveuglement face à un monde qui change. Ses personnages résistent becs et ongles, prêts à tous les coups bas pour conserver leur pré carré. Ainsi le premier texte, Sioulas le tanneur, raconte le déclin de cette corporation autrefois noble et respectée. Aveuglement, résilience, dilemme d’honneur : alors que sa profession périclite et que sa famille est menacée de famine, Sioulas brisera-t-il les règles séculaires de sa caste ?

Ces questions de statut et de jeux d’influence sont omniprésentes. Le commerce pour les uns, la calomnie pour d’autres, chacun trouve son pouvoir comme il peut. Mais pourtant, derrière cet amas de fourberie, certains personnages incarnent espoir et humanité. Ainsi de l’enseignant du Testament du professeur, ou de la vieille Angheliki. C’est là toute la beauté du travail de Hadzis, qui tout en montrant les dessous parfois peu ragoûtants de ce microcosme, parvient à faire vivre l’espoir.

La fin de notre petite ville est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature grecque d’après-guerre, et mérite assurément un rayonnement bien plus large. Après l’exceptionnel Quart de Kavvadias, après la douceur apparente de Papadiamantis, la littérature grecque continue de nous ravir.

« Elle est belle aussi notre petite ville, cette bourgade en pleine province grecque. Les collines qui l’entourent, les petites rivières, les fleurs… Et vous avez entièrement raison, M. Thornton Wilder. Comme vous l’avez bien décrite, la vie ordinaire d’une petite cité, dans votre pièce bien connue, Notre petite ville ! Nous l’avons lue nous aussi en Grèce, nous l’avons vue au théâtre, et vraiment vous avez raison : il ne se passe jamais rien. Tout s’écoule paisiblement, régulièrement, dans l’inébranlable harmonie de l’ordre séculaire. » 

(Le Cahier du détective)

On trouvera sur le site du traducteur Michel Volkovitch une des nouvelles du recueil, et sa postface à l’édition française des Editions de l’aube

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Une réflexion sur “La fin de notre petite ville (Dimitris Hadzis, 1963)

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