Boléro noir à Santa Clara (Lorenzo Lunar, 2003)

« On a tué le vieux Cundo ». Et le Cundo, Léo l’aimait bien, alors il va falloir trouver qui a fait ça. Dans ce quartier où tout se sait, il mène l’enquête, tout en réfrénant ses supérieurs, pour garder ses amis hors de tôle et trouver l’assassin.

bolero noir a santa clara

« Vivre dans ce quartier, ça te fout les boules ». Le personnage central de ce roman condensé à l’extrême, c’est finalement le barrio et sa marginalité ordinaire. La misère rampante noyée dans le rhum de contrebande bas de gamme, la décrépitude partout, les murs et les plafonds, les visages et les corps, les esprits, les mots. La grande tradition du roman noir est là.

Les déclassés vieillis prématurément, les petits profiteurs, les amis d’enfance, tous sont enfermés dans ce quartier branlant. En vingt-quatre heures, Léo passe en revue toutes les figures de ce petit coin de terre oublié des dieux. Pas glauque, pas tendre non plus, il est plus lassé qu’autre chose. Car rien ne change, le quartier laisse tourner sans fin la même piste. Alors les personnages, le décor, l’enquête, les phrases, tout se ramasse pour ne garder que l’essence : ennui, décrépitude et vieilles amitiés.

Après Serpa, Padura ou Gutierrez, une nouvelle voix pour un pays à l’abandon, où la solidarité et l’amitié sont les seules parades à la déliquescence. C’est écrit comme un bon roman noir, comme du Jim Thompson, mais avec ce décor inimitable, les pages qui suintent le rhum et la peinture écaillée qui remplit les yeux à l’évocation des rues délabrées. Lunar offre à la fois bon polar et une chronique salement réaliste des banlieues cubaines. Voilà un auteur à suivre.

Une interview de Lunar ici, où il évoque notamment ses liens avec son détective

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4 réflexions sur “Boléro noir à Santa Clara (Lorenzo Lunar, 2003)

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