Lonesome Dove (Larry McMurtry, 1985)

1880. Augustus McCrae et Woodrood F. Call sont deux anciens Texas rangers, reconvertis en éleveurs de chevaux au bord du Rio Grande. Quand leur ancien compagnon Jake Spoon débarque et leur vante les prairies infinies du Montana, paradis des éleveurs encore inexploité, il réveille en eux une envie d’aventures que le soleil texan avait anesthésiée. Le temps de regrouper un troupeau et de former une équipe, et voilà les deux vieux briscards partis pour une traversée des Etats-Unis. Cette odyssée n’épargnera personne, et transformera ceux qui en verront le bout.

lonesome dove

On comprend parfaitement que les producteurs se soient empressés de porter le roman à l’écran (Lonesome Dove avait à la base été conçu comme un scénario) : les deux premiers tiers se composent de bonnes séquences bien saucissonnées par tranches de 50 pages, le rêve télévisuel. McMurtry s’y appuie alors principalement sur des personnages quasi-archétypaux : Gus McCrae, vantard et insouciant ; Woodrow Call, besogneux et autoritaire ; le shérif July Johnson, naïf et paumé ou encore Lorena, prostituée taciturne et méprisant les hommes. Plusieurs intrigues se croisent, ce qui sauve le récit de la monotonie des traversées de rivière effectuées par le troupeau, mais cela n’empêche pas les deux premiers tiers de tirer en longueur…

Si l’on s’arrêtait là, la première partie du récit aurait donc fait un roman d’aventures épique et distrayant, quoique fort lent au démarrage. La suite écrase ces aspects en venant confronter les personnages façonnés patiemment tout au long du trajet aux questions qui les attendent à l’arrivée, une fois la tension du voyage évacuée. Aussi les 400 dernières pages sont-elles superbes. Après cinq mille kilomètres de route, après les tempêtes de sable et les Indiens, les personnages sont pelés au vif et se révèlent enfin. On retiendra tout particulièrement le personnage d’Augustus, qui a fui un Tennessee colonisé pour aller chercher des grands espaces qu’il sait eux aussi condamnés à la domestication :

« Il se pouvait que ce fût là tout ce qu’il restait des bisons. Cette idée conférait à l’étendue désertique des plaines une autre dimension. Avec la disparition de ces millions d’animaux, suivie par celle de la quasi-totalité des Indiens, désormais, les grandes plaines étaient vraiment vides, dépeuplées, rien n’y vivait plus.

Mais bientôt les Blancs arriveraient. Ainsi, le spectacle qu’il avait sous les yeux était une sorte d’intermède. Ce n’étaient plus les plaines telles qu’elles avaient été, ni ce qu’elles allaient devenir, c’était un moment de vide véritable constitué de milliers de kilomètres d’herbe sauvage et peuplé seulement de quelques survivants – spectres de bisons, d’indiens et de chasseurs. »

Ou plus loin :

« – On a entendu dire que le Montana était pas encore colonisé, dit Augustus. J’aimerais voir encore un endroit qui est pas colonisé avant d’être décrépit et de devoir me contenter d’un rocking-chair.

– Tu trouves que le Nebraska est colonisé ? […]

– En tout cas, vous y êtes […]. Ça va pas durer longtemps. Bientôt, il y aura plus que des écoles. »

Ces derniers mots auraient pu être ceux du Tireur de Glendon Swarthout face à un monde où il n’a plus vraiment sa place. Lonesome Dove, c’est donc aussi le crépuscule du western, la fin de l’Ouest sauvage façon John Wayne. Ce thème du rouleau compresseur de la civilisation qu’on trouve déjà chez Tocqueville quand il raconte un voyages aux Etats-Unis cinquante ans plus tôt…

Un démarrage lent, une épopée et des personnages qui se révèlent vraiment lors d’un final majestueux : on est heureux en fermant le volume 2, même si on en a bavé un peu au milieu. Bravo encore une fois à Gallmeister donc, qui n’en finit pas de nous dénicher les bons morceaux du western américain. D’ailleurs, pour ceux qui voudraient s’essayer au « western écrit » mais que le millier de pages de Lonesome Dove rebute, la même crèmerie propose les nouvelles de Dorothy Johnson qui constituent un bon début.

Quelques autres critiques ici ou ici

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4 réflexions sur “Lonesome Dove (Larry McMurtry, 1985)

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