Guerre sale (Dominique Sylvain, 2011)

Quand on retrouve en banlieue parisienne un avocat spécialiste des ventes d’armes en Afrique mort du supplice du pneu, les réseaux françafricains s’agitent un peu partout. Quand en plus, c’est le deuxième meurtre par cette méthode en cinq ans, et que la première victime était flic, c’est assez pour faire sortir de sa retraite l’ex-commissaire Lola Jost. Tiendrait-elle l’occasion de mettre enfin la main sur l’assassin de son ancien assistant ?

Guerre sale

Lola Jost, c’est un bon quintal de gouaille imbibée de porto, appuyée par une équipe de choc : une danseuse de charme américaine et un dalmatien poussif. Côté police, l’enquête est menée par Sacha Duguin, beau gosse adepte de box thaï et ex-amant de la strip teaseuse. Lui aura pour l’aider un jeune pédant frais émoulu de Sciences Po et une vieille flicarde aux ambitions contrariées.

Qui a dit « clichés » ? Cet embrouillamini de personnages lourdingues et épais comme une feuille de papier à cigarettes se plaît à citer à tout va Sun Tzu ou Truffaut, dans un réalisme absolument saisissant… Évidemment, tout ce petit monde est fan de jazz, parce que c’est bien connu, les flics sont tous mélomanes, et non, aucun n’écoute Jean-Luc Lahaye ou Guetta, pas de ça chez eux, au 36 c’est Miles ou la porte.

A ce stade, personne ne sera surpris en apprenant que les dialogues sont d’une oralité toute relative, voire franchement défaillante. Toujours trop de mots, trop d’explications, trop de citations, ça ne sonne pas juste, et ça ne sonne même pas du tout. Tout ça ne dépareillerait pas dans l’une ou l’autre polarderie de France 2.

De fait, le texte est très indigeste. L’intrigue ne rattrape rien, sinueuse et parsemée d’incongruités [1]. On tente bien de nous vendre le côté « documentaire » du bouquin en quatrième de couverture, mais ceux qui connaissent le principe, relativement simple, des rétrocommissions n’apprendront absolument rien sur la fameuse Françafrique [2]. Celle-ci n’est finalement qu’un aspect tout à fait périphérique de l’histoire.

Voilà une lecture dont on se passera donc sans mal. Vite, un Jim Thompson ou un Lunar pour se nettoyer les méninges. Et s’il faut rester en France (je garderai le silence sur le ridicule du bandeau « polar made in France »), on pourra relire Izzo ou se lancer dans les œuvres de Thierry Jonquet.

[1] exemple : au XXIème siècle, on n’a pas besoin de la puce d’un téléphone pour obtenir la liste des appels, il suffit d’appeler SFR… cf. ici et ici. De quoi clore l’enquête page 65 !

[2] pour ceux qui veulent aller plus loin, mieux vaut retrouver l’excellent documentaire diffusé récemment sur LCP à ce sujet (références ici).

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