La Paie du samedi (Beppe Fenoglio, 1969)

Après la fin de la guerre, il faut se remettre au travail et gagner sa croûte. C’est en tout cas ce que sa mère essaye de faire comprendre à Ettore. Pourtant, il n’arrive pas à s’y faire : lui, qui commandait un groupe chez les partisans, aux ordres d’un patron ? Impossible. Pour échapper à cela, il s’acoquine avec d’autres anciens résistants avec lesquels il monte quelques coups juteux. C’est agréable, mais lorsque Vanda tombe enceinte, Ettore doit bien songer à se ranger. Le retour définitif à la vie civile sera-t-il possible ?

paie du samedi

« Non, non, vous ne m’entrainerez pas dans l’abîme avec vous. Moi je ne serai jamais des vôtres, quitte à faire n’importe quoi d’autre, jamais des vôtres. Nous sommes trop différents, les femmes qui m’aiment ne peuvent pas vous aimer et vice-versa. Moi j’aurai un sort différent du vôtre, ni plus beau ni moins beau, mais différent. Vous, vous faites tout naturellement des sacrifices qui pour moi sont énormes, insupportables, et moi je peux faire de sang-froid des choses qui vous feraient dresser les cheveux sur la tête, rien que d’y penser. Impossible que je sois des vôtres. »

Ettore est le symbole du refus, de la révolte face à une vie pour laquelle il est inadapté. Coincé entre sa mère qui lui reproche son inactivité et l’image pathétique que renvoie son père, entre son dégoût de la vie d’employé et ses souvenirs, le jeune homme est le symbole d’une génération que la fin de la guerre laisse sur le carreau. Jamais éduqués à la vie civile, ils n’ont rien à y retrouver, et ce qu’ils en voient paraît bien pâle à côté de l’adrénaline des embuscades. Derrière un bureau, à trier des factures, comme ces types qui « ne voyaient rien et devaient tout se faire raconter »… Quelle vie ! Et pourtant Ettore sent bien que ce refus n’est pas tenable, qu’il doit retrouver son indépendance, ce qui ne fait qu’attiser un fond de rage qui ressort parfois.

On retrouve le style concis et direct de Fenoglio, les paysages piémontais du Le Mauvais sort. Comme dans ce dernier, les femmes jouent un rôle important : amour-haine pour la mère d’abord, et surtout la figure de Vanda, seul échappatoire alors qu’Ettore est sur le point de glisser. La Paie du samedi est toutefois moins fort, moins marquant. C’est le portrait talentueusement peint d’une frange d’hommes au cours d’une période de « décompression » de l’Histoire, à l’intérêt historique indéniable, mais sans la part d’éternité qui marquait le grand roman d’inspiration paysanne de Fenoglio.

Il n’y a donc plus qu’à espérer qu’après deux récentes rééditions, Le Mauvais sort et Le Printemps du guerrier, les éditions Cambourakis s’attacheront à ressortir La Guerre sur les collines, considéré comme le chef d’œuvre de l’auteur italien et le sommet de la partie de son œuvre consacrée à la Résistance.

Pour continuer sur ce roman, un article sur Le Matricule des Anges 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s