Le Sicilien (Norman Lewis, 1974)

A la Libération, les fascistes battus, les rouges les remplacent au rang d’ennemi numéro 1 des États-Unis. En Sicile, les communistes gagnent en puissance, et il faut impérativement stopper leur expansion. La CIA noue alors une alliance de circonstance avec un partenaire peu conventionnel : l’onorata societta, la mystérieuse et influente organisation qui préside en sous-main aux destinées de la société sicilienne. Marco, jeune homme d’honneur, se rend tout particulièrement utile dans la résolution du problème sicilien, incitant les barbouzes à vouloir prolonger ce pacte contre-nature.

sicilien

Le cynisme des services secrets américains est incarné par Bradley, un homme de l’ombre à l’influence et à l’égo également incommensurables. De tous les coups fourrés, il gère ses affaires de loin, place ses pions puis laisse l’action se dérouler. Pour cet esprit tordu, il n’est pas difficile de manipuler les Siciliens. Vendetta après vendetta, la vie de l’île est rythmée par les voitures qui explosent ou sortent mystérieusement des virages et les tireurs que personne ne semble remarquer. Dans ce contexte, Bradley joue de rumeurs, apparaît pour s’évaporer aussitôt après : fantôme mégalomane, il est de loin le personnage le plus intéressant de ce roman.

A la façon d’un Sciascia, Lewis rend bien l’omerta permanente qui rend impossible la sortie du cycle de violence en Sicile. Marco est entièrement conditionné pour ce système : ses actes sont conditionnés par quelques règles basiques, protéger sa famille, rendre service aux siens, se rendre utile à ses protecteurs, qui font de lui un pion au sein de la pyramide mafieuse. Ses schémas mentaux hérités de siècles de ce fonctionnement laissent peu d’espoir quant à une évolution du système, malgré une relative prise d’indépendance dès lors que Marco quitte la Sicile pour les États-Unis.

On plonge dans l’univers du Parrain, dans une version plus cyniquement réaliste. La chute des ramifications mafieuses à Cuba, l’implication dans l’assassinat de Kennedy… Ces évènements sont devenus des classiques de la mythologie mafieuse (cf. notamment Vendetta d’Ellory récemment). Si l’intrigue de Lewis est de bonne facture, elle souffre donc d’avoir été rejouée cent fois depuis. L’intérêt et l’originalité de ce roman résident dans les deux personnages centraux, Bradley, l’araignée marionnettiste, et Marco, organisateur précieux mais sans cesse maintenu dans le brouillard. Il faut lire ce bouquin pour pénétrer dans ces deux esprits fumeux, et pour la première partie sur l’action relativement méconnue de la CIA en Sicile, mais certainement pas pour un (aujourd’hui) énième récit des évènements de Cuba et de Dallas, qui n’apportera pas grand-chose par rapport à ses successeurs.

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Une réflexion sur “Le Sicilien (Norman Lewis, 1974)

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