La Vie est un tango (Lorenzo Lunar, 2005)

Le quartier a beau avoir l’air calme, ça traficote dans les coins, annonce son chef à Léo Martin. Voilà qu’en plus, un gamin se fait poignarder : quelque chose cloche. Léo va devoir se plonger dans les histoires du quartier, écouter ses rumeurs, renouer avec ses indics pour découvrir ce qui couve dans ces rues.

 vie est un tango

Ce bouquin a passé quelques mois à me poursuivre, mis en avant dans chaque librairie où je posais un pied (comme ici), et vanté un peu partout sur le net, y compris chez des gens dont j’aime bien les critiques : ici ou ici. Forcément, ça crée un peu d’attente…

Comme tout ce petit monde a déjà pu le dire, l’enquête n’est ici qu’un prétexte pour montrer une société cubaine à la dérive, où seule la rhétorique officielle tente encore de maintenir l’idée d’un pays à la pointe du progrès social. On retrouve la méthode déjà employée par un illustre compatriote de Lunar, Leonardo Padura. Ce qui change par rapport à ce dernier, c’est la dose de résignation qu’introduit Lunar. Quand la mère de l’enquêteur lui explique que de la drogue, il y en a toujours eu, et de la violence, et des trafics, déjà avant la révolution, le portrait devient celui d’une société plus que d’un système particulier, qui n’est que l’un des visages d’un pays miné par la corruption et les petits arrangements. C’est cette Cuba que peignait déjà Enrique Serpa en 1938 dans l’excellent Contrebande.

Et dans ce Cuba en décomposition, il y a Santa Clara, et dans Santa Clara le quartier, « ce monstre avec ses milliers de têtes ». Chez Lunar, le quartier est un hydre qui attire ou recrache les habitants au gré de ses envies. Les flics coupent parfois une tête, en sachant bien ce qu’il en est chez les bêtes de ce genre : les têtes repoussent, « des bonnes et des mauvaises têtes ».

« Avant, une prostituée était mal vue. Sa famille la reniait. Elle devait oublier père, mère, frères et sœurs et faire sa vie seule, jusqu’à la fin. Maintenant, il faut voir avec quel toupet les mères racontent que leurs filles font le trottoir. »

Outre ces mères défaillantes, des cocus pathétiques, imbibés de calambuco, un tord-boyaux à trois sous, des flics condamnés à nier les affaires parce qu’il ne saurait y avoir de drogue dans la très socialiste république cubaine. Et pourtant, ce quartier, Léo Martin ne semble prêt à le quitter pour rien au monde… Cet attachement à une ville sur laquelle il ne se fait aucune illusion n’est pas sans rappeler l’amour qui lie Fabio Montale à Marseille.

 Tout cela reprend directement l’ambiance qu’on avait déjà pu trouver dans Boléro noir à Santa Clara. Par rapport à ce dernier, moins de rhum entre potes et de souvenirs d’Angola, Léo Martin se dévoile un peu plus et nous parle de femmes. Le style m’avait semblé plus fluide dans Boléro noir, mois d’anaphores dont l’utilisation frôle ici parfois l’abus. Moins enthousiaste que d’autres, j’aurais tendance à privilégier ce premier volume passé un peu inaperçu à La Vie est un tango. Sans que ce roman soit mauvais, son prédécesseur était plus riche en anecdotes et plus inspiré. Il ne reste plus qu’à attendre le volume qui clora ce qui a été annoncé comme une trilogie.

L’avis de l’Odyssée est (ici)

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