L’Insatiable homme-araignée (Pedo Juan Gutiérrez, 2002)

Pedro Juan Guttiérrez a la cinquantaine. Il est marié à une femme qui l’ennuie et passe le plus clair de son temps à siroter du rhum, en matant les femmes qui passent et Cuba se maintenir à flots vaille que vaille. Loin des mythes, plongée au cœur de La Havane avec le roi du réalisme sale.

insatiable homme araignee

« Moi, ma vocation c’est de descendre dans les égouts, d’attraper des rats et de les ouvrir avec un rasoir pour savoir ce qu’ils ont dans le ventre. »

Quatre années ont passé depuis la publication de Trilogie sale à La Havane, mais le projet reste le même. En une vingtaine de vignettes, Gutiérrez peint sa vie dans un Cuba à la dérive. De la chaleur, de la débrouille, du rhum et le désir qui le travaille en permanence.

Pourtant Gutiérrez a vieilli. On ne peut pas parler d’assagissement, mais il est certainement moins actif. Il contemple, se souvient, mais pense plus aux femmes qu’il ne les fréquente, évite la taule et semble retiré des trafics en tous genres. Il raconte d’ailleurs assez vite la transition par laquelle il est passé après une séparation  :

« Je suis tombé dans un état de dépression qui a duré des années. […] Tous les jours je baisais une Noire différente. Parfois, elles me refilaient des morpions. Je cherchais les plus grossières et les plus vulgaires de mon quartier. J’aimais les frapper après les avoir tringlées, et elles raffolaient de mon sadisme. C’est peut-être ce qui m’a sauvé : les cuites, les femmes, faire sortir la rage, tout envoyer bouler, ne rien attendre de personne. Et écrire. Ivre, aux aurores, j’écrivais des nouvelles sur tout ce qui m’arrivait. C’était très amusant. Et j’ai continué. Et j’en suis là. »

Cette période de dépression a probablement en partie nourri son premier livre haut en couleurs. Ce volume est plus terne. La vie a l’air longue à Cuba, avec seulement quelques coups tirés au détour d’un parc pour activer la circulation et le rhum pour diluer l’ennui… Reste l’art, la musique que Gutiérrez mentionne régulièrement, la peinture qu’il pratique, l’écriture qu’il nous livre. Un peu Dan Fante, le realismo sucio (réalisme sale à la sauce sud-américaine) se fait plus gris que noir, crasseux et provocateur.

D’autres l’ont déjà noté : ce n’est pas le meilleur bouquin de l’auteur. Mais le style sans détours et la hargne avec lesquels il compose ses textes restent intacts, même si leurs sujets sont moins déjantés qu’auparavant. Un bouquin moyen d’un grand auteur, on reste preneurs…

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2 réflexions sur “L’Insatiable homme-araignée (Pedo Juan Gutiérrez, 2002)

  1. Pingback: Mon ange (Guillermo Rosales, 1987) | Eustache Raconte

  2. Pingback: Au bonheur des îles (Bob Sacochis, 1985) | Eustache Raconte

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