Effondrement (Jared Diamond, 2005)

L’Histoire nous a laissé de nombreux exemples de sociétés s’étant effondrées. Les Mayas, les Vikings du Groenland, la société polynésienne de l’île de Pâques ont connu une violente chute de leur démographie et de leur production d’artefacts, allant jusqu’à leur extinction. A l’inverse, d’autres sociétés, confrontées à des environnements fragiles et exigeants, ont su s’y adapter, comme en Islande ou dans certaines îles du Pacifique. Diamond se propose d’examiner ces évolution et d’en tirer quelques enseignements sur la survie des sociétés et le futur de notre civilisation.

effondrement

Jared Diamond a eu de multiples vies. Physiologiste de formation, sa passion pour l’ornithologie le pousse à se lancer dans l’écologie (scientifique) en Nouvelle Guinée. Il en vient à s’intéresser à l’anthropologie et à l’évolution des sociétés, devient professeur de géographie à l’université de Californie à Los Angeles et développe des théories fondée sur une large pluridisciplinarité pour tâcher d’expliquer l’évolution de l’homme et de ses sociétés.

L’apport de Diamond dans Effondrement est double. D’une part un remarquable travail de synthèse, qui puise dans l’archéologie, l’écologie, la géologie ou la climatologie pour offrir une somme historique passionnante sur l’évolution de nombreuses sociétés anciennes et contemporaines. D’autre part l’émergence d’un modèle d’analyse des sociétés en cinq axes : l’impact des humains sur l’environnement, les changements climatiques, les relations commerciales et les relations hostiles avec les voisins et enfin les valeurs et choix sociétaux auxquels les décisions de ces sociétés se subordonnent. Ce cadre d’analyse se révèle très efficace en ce qu’il permet de passer en revue l’évolution de sociétés aussi différentes que le Montana actuel et les îles de Pitcairn au XVème siècle.

Ces études de cas comparées permettent à Diamond d’affirmer qu’aucune société ne s’est effondrée du seul fait de son impact sur l’environnement. Le double cas d’étude des Vikings du Groenland, qui ont disparu, et des Inuits, qui se sont développés dans le même milieu, est frappant sur ce sujet. L’évolution et le sort des sociétés sont influencés par une multitude de facteurs interconnectés. Le déterminisme environnemental est balayé par une approche complexe qui est à rattacher au concept de durabilité, qui se fonde sur le trépied social – environnemental – économique pour analyser la capacité d’une organisation à perdurer à long terme.

Néanmoins, certaines sociétés ont « contemplé » leurs ressources se tarir sans réagir, par incapacité, par aveuglement ou par le jeu d’un système politique déconnecté des enjeux à long terme. Le lien avec les réserves halieutiques, le pic pétrolier ou le « jour du dépassement » (date calculée chaque année par l’ONG Global Footprint Network, à partir de laquelle la demande exercée sur l’environnement est supérieure à sa capacité à nous fournir des ressources et assimiler nos déchets) est immédiat. Nous nous trouvons à un moment-clef pour l’avenir de nos sociétés. Savoir que les sociétés industrialisées modernes n’ont pas l’apanage de la destruction de l’environnement laisse de l’espoir en ce que nous avons également la possibilité d’apprendre de ceux qui ont échoué dans le passé. Mais les dégâts sont parfois si énormes et leurs racines culturelles si bien ancrées (à ce titre, l’exemple de l’Australie est terrible) qu’il serait prématuré de se réjouir. Diamond nous place donc en position de responsabilité, collectivement et individuellement en tant que citoyens et consommateurs.

Quelques répétitions à visée pédagogique viennent rallonger la sauce, et la traduction pose des soucis (traduire greenhouse gases par gaz verts par exemple mène à quelques confusions, certains chiffres sont présentés de façon très équivoque, et il arrive que des milliards se transforment en millions dans la même phrase, dommage dans un livre à 30 euros). Reste que cet ouvrage constitue une opération de vulgarisation remarquablement menée et alimentée par une bibliographie solide pour ceux qui voudront pousser plus loin. Jared Diamond est un penseur original et brillant, qui offre de puissantes clefs de lecture des enjeux de développement actuels dont il serait dommage de se priver.

Pour les curieux, l’ouvrage de Virginie Duvat et Alexandre Magnan, Ces îles qui pourraient disparaître, aborde des thématiques similaires.

Un article du Monde.fr s’intéresse à l’impact des analyses de Diamond et aux critiques qui lui sont opposées : lien

Publicités

Une réflexion sur “Effondrement (Jared Diamond, 2005)

  1. Pingback: De l’inégalité parmi les sociétés (Jared Diamond, 1997) | Eustache Raconte

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s