Le Peuple des ténèbres (Tony Hillerman, 1980)

Un coffre a disparu dans la maison d’un riche propriétaire en bordure de la réserve Navajo au carrefour de l’Utah, de l’Arizona et du Nouveau-Mexique. La femme du milliardaire demande à l’officier de la police tribale Jim Chee de retrouver le coffre, qui aurait été dérobé par le Peuple des ténèbres. Ce culte, pratiqué par certains Navajos, a été déclaré illégal par le conseil tribal pour sa consommation d’hallucinogènes. Il existe pourtant encore, à l’écart de la vie publique de la réserve. En remontant la piste de cette église, Jim Chee va déterrer cadavres et vieilles rancœurs.

peuple des tenebres

Pour ceux qui découvrent l’œuvre de Hillermann, les paysages de la réserve et les références aux traditions et à la spiritualité Navajo offrent un cadre original. Les vallées lunaires dans lesquelles Jim Chee voyage de longues heures évoquent La Prisonnière du désert et autres classiques du western.

Ces territoires ont attiré l’attention quand de l’uranium y a été découvert. Cet élément est au centre du récit, qui confronte deux mondes : celui des Navajos et de leur spiritualité développée autour d’une notion d’équilibre cosmique, et la rapacité de l’homme blanc venu saigner la terre en un immense cratère pour exploiter son minerai (et le transformer en bombes A). Au centre de cette confrontation se trouve Jim Chee. L’enquêteur a vécu dans les deux milieux, il a étudié la sociologie à l’université et appris les chants ancestraux avec son oncle Navajo. S’il est à même de nous introduire dans la pensée indienne, lui-même a du mal à abolir certaines barrières culturelles qui séparent son peuple d’origine de la culture « blanche ». La violence, le rapport à la mort ou à l’argent le laissent parfois perplexe. Il va pourtant avoir fort à faire : Hillermann a choisi de laisser s’incarner la violence des hommes de pouvoir « blancs » (pouvoir économique ou policier) en quelques personnages bien saisis, flics ou milliardaires.

Ces portraits d’ordures sont contrebalancés par la compagne d’investigation de Jim Chee, une institutrice vaguement idéaliste qui vient en milieu de roman briser une opposition qui aurait pu devenir caricaturale. On tient donc une ambiance et un personnage principal originaux, avec une panoplie de personnages secondaires équilibrée. On passera sur le personnage de tueur à gages sociopathe, à l’histoire et au comportement caricaturales, qui n’a que peu d’intérêt. S’il est dommage de tomber dans cette facilité quand on a bâti un univers aussi riche de références et de symboles, ce point reste secondaire et ne gâche pas le plaisir du lecteur. Outre l’excellent personnage de Jim Chee, l’intrigue tient la route et les scènes de suspense sont particulièrement bonnes. Ce volume constitue une bonne entrée dans l’univers d’Hillermann et offre une autre vision des réserves indiennes que celle proposée par très sombre comic Scalped, plus proche de l’ambiance du cycle de Derib, Red road.

Deux autres lectures sur Pol’Art Noir et Le vent sombre

Illustration : photographie d’Edward S. Curtis prise en 1907 en territoire Navajo. Northwestern University Library, Edward S. Curtis’s ‘The North American Indian’: the Photographic Images, 2001. (lien)

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2 réflexions sur “Le Peuple des ténèbres (Tony Hillerman, 1980)

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