La Planète au pillage (Henry Fairfield Osborn Jr, 1948)

Au sortir de la Seconde guerre mondiale, Henry Fairfield Osborn Jr pointe du doigt les ravages causés à l’environnement par les activités humaines. Il met en évidence le caractère difficilement réversible d’un certain nombre d’entre eux, et surtout leurs possibles conséquences sur les développements socio-économiques locaux et globaux.

 planete au pillage

Osborn pose une première vue d’ensemble de l’évolution humaine, passe à l’incroyable accélération démographique de la révolution industrielle et à la notion d’anthropocène pour finir sur « les flatteries de la science » qui laissent certains croire en une solution scientifique (engrais en particulier) aux dégradations subies par l’environnement. S’ensuit une série de chapitres consacrés chacun à une zone géographique.

Beaucoup d’informations sont très datées : on sourit à l’évocation des « apparences de végétation qui existent sur Mars« , ou quand « les spécialistes en la matière font ressortir qu’il y aura vers la fin de ce siècle un nouveau demi-milliard d’hommes sur la terre et que dans cent ans la population mondiale peut dépasser de beaucoup les trois milliards« . Trois milliards en 2050 ! La valeur des prédictions des experts prospectivistes est violemment mise en perspective à la lecture de ces chiffres. Certaines considérations sur les hiérarchies entre espèces sont aussi plutôt poussiéreuses. [1]

L’une des thématiques principales d’Osborn touche aux sols, à leur épuisement et à leur érosion. Précurseur, Osborn dénonce une approche « minière » des ressources naturelles (indéniable à lire par exemple le témoignage du chasseur de bisons Frank Mayer). Mais si les prédictions sont souvent apocalyptiques, soixante ans plus tard, l’humanité est toujours là, malgré une population deux fois supérieure aux estimations les plus folles de l’époque… Les constats sont encore les mêmes aujourd’hui : sols épuisés, surpopulation dans certaines zones, fuite en avant. Jusqu’à quand la technique parviendra-t-elle à améliorer suffisamment les rendements pour suivre l’augmentation de la population ? L’analyse malthusienne montre ses limites face à la réalité historique. Encore une fois, les prédictions, et en particulier les raisonnements de type « toutes choses égales par ailleurs » peinent à donner une image robuste de l’avenir sur des problématiques éminemment complexes. La recherche et l’innovation ont permis de repousser l’échéance dans une proportion inimaginable par Osborn. [2]

Qualifié à sa sortie de « livre extraordinairement passionnant » (lien), La Planète au pillage a aujourd’hui une valeur historique mais peu d’intérêt par rapport notamment à Effondrement de Jared Diamond qui développe les mêmes exemples mais avec une vision élargie, des références plus solides et soixante ans de connaissances supplémentaires.

[1] : d’autres éléments résonnent différemment plus d’un demi-siècle plus tard, notamment une référence au plan Marshall en Grèce : « bien que qualifiée de « prêt » on ne s’attend sans doute pas à voir jamais rembourser en dollars une pareille somme d’argent, car la Grèce est un pays à peu près ruiné et son relèvement économique ne saurait apparaître que comme une possibilité des plus vagues ».

[2] : à ceux qui en tireraient des conclusions quant à un supposé alarmisme des scientifiques, on suggérera la lecture de l’article scientifique suivant : « False Alarm over Environmental False Alarms » (lien)

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