Le Peintre et le pirate (Còstas Hadziaryìris, 1963)

« En ce temps-là les Bourbons régnaient sur la France ; en ce temps-là aussi, je crois bien, les Turcs étendaient leur empire. Bien des métiers d’aujourd’hui étaient alors inconnus, et quant à ceux d’alors, beaucoup nous remplissent aujourd’hui d’effroi. C’est le plus effroyable de tous que choisit mon ancêtre Costandis : il devint, pour tout dire, un redoutable pirate.

Une chose est sûre : le lourd sabre d’abordage entre ses mains se changeait en plume quand il tournoyait en l’air, et en couperet de guillotine quand il tombait sur les crânes, les faisant voler en éclats. Un tableau, qui par bonheur existe encore, nous montre cet homme, si célèbre en son temps, avec de si gros bras qu’ils vérifient assurément l’hypothèse de la plume, du couperet et des éclats. »

peintre et le pirate

Voici narrée l’épopée de Costandis le pirate et de son équipage, quelque part en Méditerranée, quelque part entre le XV et le XVIIème. Ça éventre gaiement, ça massacre et ça pille. Les pirates sont ignobles, seulement voilà qu’un peintre parvient à les convertir et à en faire des brebis bêlantes… Finies les tortures, finies les crimes, Alléluia ! Mais dans un monde où seuls le plus fort et le plus malin ont une chance, en délaissant la violence ces pirates stupides semblent bien mal partis.

Hadziaryìris manie aussi bien l’ironie que la farce, et l’absurdité de certaines situations rappelle les grands Monthy Python de La Vie de Bryan. Hadziaryìris ne se prive pas pour balancer sur la religion ou la société grecque, stratifiée entre notables roublards et paysans naïfs. Le délire qui guide les personnages imprègne jusqu’à la construction du récit, on joue avec le lecteur, on le bouscule, d’une page à l’autre le voilà passé des rivages méditerranéens aux brouillards anglais…

C’en devient parfois frustrant, car le roman semble alors écrit au radar. Il souffre pour ma part de la comparaison avec les picaresques Aventures d’Hadji Baba d’Ispahan de James Morier, tout aussi barrées mais plus digestes. Mais ne gâchons pas notre plaisir, c’est délirant, foutraque et rafraîchissant, et on remercie encore une fois Cambourakis de nous proposer ce type de bouquins. La littérature grecque est assez peu diffusée en France, et c’est bien dommage quand on voit ce genre d’OVNIs.

On trouvera quelques précisions et extraits sur l’excellent site du traducteur Michel Volkovitch (lien), et des gens qui ont adoré ici

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Une réflexion sur “Le Peintre et le pirate (Còstas Hadziaryìris, 1963)

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