L’Île des chasseurs d’oiseaux (Peter May, 2009)

Grandir sur ‘île de Lewis, c’est croiser souvent les mêmes visages, des rencontres limitées, une communauté. La nature des Hébrides extérieures est exigeante et les hommes qui y vivent sont rudes. La mer prend chaque année son tribut de marins, l’alcool console vaguement et réchauffe à peine mieux. Alors qu’il vient de perdre son fils, une enquête renvoie Fin McLeod sur l’île de sa jeunesse. C’est avec une certaine appréhension qu’il replonge dans un univers qui n’a qu’à peine changé et qu’il retrouve ses anciennes connaissances.

ile des chasseurs d oiseaux

Fin McLeod a fui Lewis, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Le roman alterne le récit de son enfance, à la première personne, et l’enquête qui l’occupe, à la troisième personne. Dès le début il est donc clair que l’explication du crime sera à chercher dans le passé de l’investigateur. La moitié du récit est donc celui d’une initiation : les expéditions et les coups fourrés, les premiers amours, puis les chemins qui se séparent entre ceux qui quittent l’île pour l’université et ceux qui entrent à l’usine. Comme toute initiation celle-ci a ses rites, dont un ressort forcément : la chasse aux gugas, tradition ancestrale où une douzaine d’élus partent chaque année sur un ilot rocheux massacrer deux mille oiseaux.

A travers ce récit, Peter May évoque la cruauté ou le harcèlement. Il approfondit soigneusement les évolutions des anciens camarades d’écoles de son enquêteur, qui s’avère fin lecteur de la nature humaine. Cette nature s’exprime ici violemment du fait du peu de renouvellement des habitants : pas de fuite possible pour la plupart des jeunes, qui sont condamnés à rester dans les mêmes relations victimes-bourreaux. Les sujets qui fâchent couvent pendant des années, comme des braises sous la cendre, et ressurgissent soudainement. Il faut un ilien comme McLeod pour lever ces non-dits. Le tableau est bien noir, malgré les semblants de rédemption qui apparaissent parfois.

Dans cette ambiance sombre et humide, l’enquête avance au ralenti, de rencontre en rencontre. Comme dans tout bon roman noir, Peter May en dit beaucoup sur l’homme et ses travers. La déchéance d’Artair, le meilleur ami d’enfance de Fin McLeod, est un modèle du genre. Malgré un final qui part en vrille, Peter May offre un roman lent et addictif, rempli de paysages évocateurs et hanté par les personnages que la vie a laissés échoués sur ce caillou écossais.

A l’Odyssée aussi, ils ont aimé : (lien)

Publicités

2 réflexions sur “L’Île des chasseurs d’oiseaux (Peter May, 2009)

  1. Pingback: L’Homme de Lewis (Peter May, 2011) | Eustache Raconte

  2. Pingback: Que lire cet été ? | Eustache Raconte

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s