Introduction à la pensée complexe (Edgar Morin, 1990)

Cet ouvrage regroupe 6 articles publiés par Morin en diverses occasions. Il pose l’ambition et les fondations de la conception morinienne de la complexité, et des bouleversements épistémologiques qu’elle implique.

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Morin commence par une rétrospective en survolant la cybernétique et le systémisme. On trouve notamment cette synthèse de la confusion sémantique qui entoure ces champs d’investigation : « Il y a un systémisme fécond qui porte en lui un principe de complexité ; il y a un systémisme vague et plat, fondé sur la répétition de quelques vérités premières aseptisées (« holistiques ») qui n’arriveront jamais à devenir opérantes ; il y a enfin la system analysis qui est le correspondant systémique de l’engineering cybernétique, mais beaucoup moins fiable, et qui transforme le systémisme en son contraire, c’est-à-dire comme le terme analysis l’indique en opérations réductrices. » Le groupe français de systémiciens constitué autour de Morin et Le Moigne qui se place dans ce premier systémisme est à l’opposé de la lignée des complex adaptive systems (cf. cet article de Paul Taborsky : lien) à l’approche réductionniste.

On comprend pourtant les critiques faites par ce second groupe : l’approche morinienne est floue, insaisissable, par définition incomplète. Morin bouscule, efface les frontières disciplinaires et n’hésite pas à faire appel à Gödel dont le théorème, « apparemment limité à la logique mathématique, vaut a fortiori pour tout système théorique« . D’où le vertigineux infini de la complexité, qui nécessite sans cesse un système plus englobant que celui considéré. Après Gödel, on croisera Shrödinger, Clausius ou Darwin, dont les théories s’entrechoquent pour faire émerger à la conception morinienne de complexité. Clausius et son deuxième principe de la thermodynamique, qui veut que l’entropie augmente dans tout système fermé, et Darwin pour qui l’évolution favorise les mieux adaptés et « organise » donc, semblent aller en sens inverse. La contradiction est inévitable, mais il est indispensable de la digérer, de la dépasser…

Cette transdisciplinarité est rafraîchissante, mais ces transpositions sont-elles valables ? Dans quelle mesure peut-on extraire des résultats de tel ou tel contexte scientifique, les confronter, les faire dialoguer, pour en tirer des considérations générales ? Morin assume parfaitement cette ouverture et les critiques qu’elle pourra susciter, mais on ne saura pas si les contradictions qu’il énonce sont fondées ou pas, par manque d’éléments.

Le foisonnement offert par ces textes offre largement le flanc à la critique. On ne retrouve pas la rigueur et la pédagogie de certains textes de Le Moigne qui défendent bien mieux le changement de paradigme proposé. Par ailleurs, le format de recueil laisse de côté bon nombre de définitions aux néologismes de Morin, il constitue donc une Introduction pour le moins rude à la pensée complexe. On fera mieux de commencer par La Sytémique de Durand (lien) pour acquérir les bases.

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