Huit millions de façons de mourir (Lawrence Block, 1982)

 Kim Dakkinen veut décrocher de la prostitution. Elle a même embauché Matt Scudder, ex-flic alcoolique devenu privé, pour qu’il passe le message à son mac, Chance. Quand Scudder met la main sur le souteneur, celui-ci ne pose aucun obstacle à ce que sa fille le quitte. Mais dès le lendemain, on retrouve Kim horriblement charcutée. Tout semble accuser Chance. Celui-ci va alors embaucher Scudder pour faire le clair sur cette affaire. huit millions de facons de mourirDans la New York pré-Giuliani, Matt Scudder n’a pas beaucoup de mal à nourrir sa déprime. Chaque matin un fait divers absurde, comme ces deux vieux qui s’entretuent l’un armé d’un flingue l’autre d’un arc… Les flics sont désabusés, celui chargé de l’enquête sur la mort de Kim Dakkinen sert de réceptacle à toute la frustration et aux dérives réac et racistes qu’elle engendre :

« – Vous avez déjà pris le métro ?
– Quand je ne peux pas faire autrement.
– Ben merde, personne ne le prend pour le plaisir. C’est toute la ville en raccourci ; le matériel est tout le temps en panne, les voitures sont pleines de graffitis, ça pue la pisse, et les flics chargés d’y maintenir l’ordre sont complètement dépassés ; mais ce que je veux dire, merde, c’est que si je prends le métro et que je regarde autour de moi vous savez où je suis ? Dans un putain de pays étranger. »

Quand il ne se mine pas en lisant les faits divers, Scudder erre d’une réunion des Alcooliques Anonymes à l’autre et lutte contre ses envies d’alcool. S’il suit en partie l’archétype à la Marlowe, Scudder n’a aucune bouée de sauvetage, il ne lit pas, n’écoute pas de musique, ne s’évade jamais. Un Marlowe décati, on pense à un Dan Fante à peine édulcoré. L’enquête, Scudder ne l’accepte que pour s’occuper l’esprit et s’éloigner des bars.

« J’avais effectivement besoin d’argent et si l’on pouvait dire que j’avais un métier, le mien était de faire des enquêtes.
J’avais cependant une autre raison, peut-être plus profonde. Rechercher l’assassin de Kim était une chose que je pouvais faire au lieu de boire.
En tout cas, pendant un certain temps. »

Scudder lutte sans arrêt contre la tentation et l’urgence de l’alcool. C’est finalement là l’histoire que nous raconte Block : l’enquête est d’un intérêt relatif, et est toute entière conditionnée à une lutte de Scudder contre son alcoolisme et la violence de la ville. L’investigation est un prétexte pour croiser des personnages qui vivent derrière les façades qu’ils se sont créées, la pute poète ou le mac Noir collectionneur d’art africain.

S’il donne beaucoup de matière à ces personnages, Block aurait pu tailler dans le texte et abréger son roman qui est parfois laborieux. La structure tourne au whodunit à la moitié du texte, et la suite traine en longueur jusqu’à un final bien monté. On retiendra surtout la galerie de portraits qui dévoile la New-York « souterraine » des années 80, violente et embourbée, et le personnage prometteur de Matt Scudder.

Une autre chronique sur Le vent sombre (lien), et une enthousiaste chronique en anglais (lien)

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Une réflexion sur “Huit millions de façons de mourir (Lawrence Block, 1982)

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