La Disparition soudaine des ouvrières (Serge Quadruppani, 2011)

Alors que la commissaire Simona Tavianello, star de l’antimafia, espérait passer des vacances tranquilles dans le Piémont, voilà qu’on lui vole son arme pour descendre un ingénieur du Monsanto local. Elle découvre alors la lutte qui oppose ce conglomérat aux apiculteurs locaux, victimes du Colony Collapse Disorder, l’effondrement de leurs essaims. Les vacances seront donc studieuses…

disparition soudaine des ouvrieres

Une commissaire bien en chair et son mari bougon, un expert des abeilles schizophrène, un flic catastrophique : les personnages sont fantasques, et le ton est volontiers léger. Pourtant le fond est sérieux. Après un début badin, on tombe vite sur les magouilles des services secrets, les collusions politique-industrie, le flicage techno-assisté et les enjeux des nano- et bio-technologies.

Évidemment, difficile de développer en deux cent pages un discours robuste sur ces thématiques, où Quadruppani force parfois la dose [1]. Il s’agit plutôt pour l’auteur de monter assez habilement un « cas d’étude » où tout ceci vient s’imbriquer, sans trop alourdir la sauce. La mort des abeilles n’est qu’un exemple tristement actuel pour parler de l’imposition des nouvelles technologies au prix de manipulations et de débats publics faussés, où les « enjeux économiques pour notre pays » justifient l’intervention des services de renseignement et la constitution de complots terroristes fantoches, dans le simple but de démonter l’opposition. Qu’on se rappelle pourtant du Rainbow Warrior ou de la trouble affaire de Tarnac et les barbouzes de Quadruppani ne paraissent plus si aberrants.

Le mélange de ces personnages truculents avec des enjeux aussi importants est étonnement digeste. Les ficelles sont grosses, les oppositions très tranchées, l’enjeu n’est clairement pas de faire dans la dentelle. Le principe est d’être court et efficace, tout en s’attaquant à du sérieux, et le contrat est plutôt bien rempli pour un polar lu en quelques heures.

 

Une autre lecture sur encoredunoir.com

[1] : par exemple, le passage sur les puces RFID à mi-roman tombe de nulle part, et même si ces puces réapparaissent plus loin pour aider l’enquête c’est un peu gros…

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3 réflexions sur “La Disparition soudaine des ouvrières (Serge Quadruppani, 2011)

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  2. Pingback: Liquidations à la grecque (Petros Markaris, 2010) | Eustache Raconte

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