Sunset Limited (James Lee Burke, 1998)

Il y a quarante ans, un syndicaliste était assassiné et cloué sur le mur d’une grange. Quand ses enfants reviennent à New Iberia, ce passé embarrassant refait surface et éclaire d’un jour nouveau bon nombre d’autres affaires. D’autant plus que le frère, devenu réalisateur, semble s’être mis en affaires avec des lascars directement liés aux mafias chinoises…

 sunset limited

C’est dans une Louisiane qui n’a pas liquidé son histoire que nous plonge James Lee Burke. La région semble bloquée dans un entre-deux où l’usage fait loi et où la violence clôt tous les conflits. Les mêmes familles qu’il y a cent ans font marcher leur monde à la baguette, la ségrégation a été abolie dans les textes mais la mixité reste toute théorique ; sans les téléphones portables, on se croirait sans problème dans les années 50.

Dans ce coin d’aberration temporelle, passé, présent et personnages se croisent pour faire émerger touche par touche un tableau bien noir. La crucifixion du syndicaliste quarante ans plus tôt fait office de péché originel et autour de cet évènement gravitent des personnages troubles aux trajectoires incertaines. La fille du potentat local noie ses secrets dans l’alcool, le petit délinquant Cool Breeze Broussard est la cible d’une haine incompréhensible de la part d’un gardien de prison, un tueur à sang-froid colle aux basques du réalisateur Cisco Flynn et les cadavres tombent périodiquement.

C’est parfois complexe à suivre, mais c’est surtout très prenant. L’ambiance des bayous, l’eau omniprésente et les maisons en bois blanc offrent un décor unique qui renforce l’impression d’être hors du temps. James Lee Burke offre deux personnages de patriarches caractériels et méprisants : Archer Terrebonne, le propriétaire, hautain, Billy Holtzer, le nouveau-riche répugnant. Megan Flynn campe à merveille l’arrivisme, elle manipule sans vergogne pour parvenir à ses fins. Les Noirs sont invariablement laissés-pour-compte et condamnés à ramasser les miettes.

Tous ces éléments donnent une grande cohérence esthétique à ce roman qui se révèle être un sans-faute. La composition est impeccable et l’intrigue tiendrait en haleine un moine zen, on en redemande.

« Un cochon aveugle, il est capable de trouver un bout de maïs si vous le balancez par terre. Mais si vous racontez aux Blancs que le chagrin, ça vient toujours des Blancs qui ont de l’argent, jamais ils entendront ce que vous dîtes. »

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2 réflexions sur “Sunset Limited (James Lee Burke, 1998)

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