Texas Forever (James Lee Burke, 1989)

1836, Son Holland et Hugh Allison croupissent dans un camp de prisonniers en Louisiane. Dès que l’occasion se présente, ils se font la malle. Malheureusement, il a fallu pour cela tuer un gardien, et les voilà poursuivis par le frère du macchabée. Une seule possibilité : fuir la Louisiane, et se rendre au Texas où ils pourront se fondre dans l’anarchie ambiante et semer leurs suiveurs. Car la révolte gronde dans le territoire mexicain progressivement colonisé par les aventuriers américaines, et la guerre n’est pas loin.

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James Lee Burke lâche Dave Robicheaux, son enquêteur du bayou, pour remonter le temps jusqu’à un point crucial dans l’histoire des États-Unis. La révolution texane fait suite à la bataille de Chalmette, où les hommes d’Andrew Jackson ont repoussé les Anglais avec l’aide des pirates de Jean Lafitte [1], et précède la guerre américano-mexicaine qui vit les troupes américaines amener la guerre aux portes de Mexico [2]. On y croise le premier revolver de Samuel Colt, mais aussi Jim Bowie, Davy Crockett, Sam Houston ou William Sherman, personnages qui ont marqué l’imaginaire américain.

Burke démystifie fortement ces figures légendaires. Bowie est alcoolique et piètre stratège, l’armée de Houston est un ramassis de cow-boys et d’aventuriers, et c’est bel et bien la milice texane qui fait figure d’armée mexicaine lors de l’épisode de Fort Alamo, où les troupes de Bowie sont massacrées sans pitié alors que Holland et Allison attendent impuissants à quelques dizaines de kilomètres avec l’armée de Sam Houston. James Lee Burke zoome de fait sur une époque où toutes les règles paraissent floues (vingt ans après la république de Barataria et deux ans avant l’improbable guerre des Pâtisseries). On paie indifféremment en monnaie américaine ou mexicaine, les Français de Louisiane trainent leurs hauts de forme dans la poussière texane, les Indiens aident Mexicains ou Américains suivant l’humeur. La construction des Etats-Unis par poussée vers l’Ouest est le fait d’aventuriers touche-à-tout, tantôt trappeurs, tantôt pillards. Le personnage de Hugh Allison incarne cette espèce de hors-la-loi sans attache. Il a la langue bien pendue, le gosier toujours à sec et enchaîne les répliques.

« Regarde-le, celui-là, dit Hugh. Tout crotté. Pas un mot d’anglais. Il est sûrement incapable de compter jusqu’à onze sans se servir de ses doigts de pied. Et cette tête ! On dirait qu’on la lui a coupée et recollée dix centimètres plus bas. »

Allison ferait un parfait personnage de film, et fait ici la différence entre un roman historique correctement ficelé et un bon divertissement instructif. Léger mais bien documenté, Texas forever remplit sans problème son contrat et constitue un à-côté intéressant dans l’œuvre de James Lee Burke.

Vous trouverez la chronique de encoredunoir ici

[1] : histoire bien rapportée par George Blond dans son Histoire de la flibuste

[2] : ces évènements servent de toile de fond à l’excellent Crépuscule sanglant de James Carlos Blake

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