La Patrouille du temps (Poul Anderson, 1955-75)

Le voyage dans le temps devenu possible, nombreux sont ceux qui tentent de truander et de modifier le cours de l’Histoire à leur avantage. Pourquoi ne pas changer le monde en devenant roi des Celtes ou en assistant Hannibal face aux Romains ? Pour éviter le grand chambardement, les hommes du futur ont mis en place la Patrouille du temps. Charge à ses membres de revenir dans le passé réparer comme ils le peuvent la trame du temps.

patrouille du temps

Prenez Stevenson façon Nouvelles mille et une nuits, ajoutez le voyage dans le temps, voilà Poul Anderson. De la nouvelle d’aventure pure jus, avec un artifice SF. C’est efficace dans le style mais très « jeune », sautillant. Anderson se défait du principal intérêt de l’exercice, puisque le voyage temporel n’impose ici que bien peu de contraintes, le temps étant conçu comme une sorte de complexe cybernétique auto-régulé. Dans cette conception, une modification infime du passé s’autoréparera ; par exemple tuer Boone avant qu’il ne tue Lincoln n’empêchera pas un autre tueur de prendre sa place.

« Je ne t’apprends rien en ceci : sauf en certains points cruciaux, le temps retrouve toujours son état primitif. Au fil des jours, des années, les petites disparités s’estompent. Rétroaction négative. Ce n’est qu’aux instants clés que peut s’instaurer une rétroaction positive dont les effets se multiplient à mesure au lieu de disparaître. »

Tout ceci est justifié de façon très bancale en faisant appel à la génétique. Tuer un homme n’altèrera le capital génétique de l’espèce que de façon infime, et la diversité fera le reste. Cybernétique et théorie de la complexité ont été digérées assez approximativement. Les paradoxes temporels semblent abolis, en particulier le fameux paradoxe du grand-père, mais existent pourtant, comme dans Echec aux Mongols, où les Mongols découvrent l’Amérique bien avant les Européens et sont mis en échec par des patrouilleurs. Aucune modification historique ne semble avoir été créée. De tout temps, pour reprendre l’expression de Denis Bajram, les patrouilleurs ont donc mis en échec les Mongols. Les patrouilleurs n’auraient donc jamais dû voir le jour puisqu’ils viennent du futur empêcher un autre futur qui paraît hautement plus probable. C’est probablement confus à lire ainsi, mais cette nouvelle illustre la légèreté de Poul Andersen vis-à-vis de ses hypothèses de travail. « La logique aristotélicienne ne s’applique pas ici », nous dit-il, et on comprend bien son idée de temps comme un complexe, une trame, où couper un fil ne suffit pas à modifier l’ensemble, mais les écarts avec cette ligne sont notables.

Anderson gomme donc tout l’intérêt de ce sous-genre. Restent alors des nouvelles d’aventure aux ficelles assez grosses et répétitives : partir dans le passé, se faire assommer et emprisonner, se libérer par une pirouette, ou autres structures usées. C’est assez daté dans l’écriture, et à réserver aux plus jeunes.

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