La Rivière noire (Arnaldur Indridason, 2008)

Dans une chambre, un homme égorgé, gavé de drogue du violeur, affublé d’un T shirt de femme, et un châle sous son lit qui embaume le tandoori. Drôle de scène de crime : qui a drogué et tué cet homme, et avec qui a-t-il couché juste avant de mourir ? La victime elle-même ne semble avoir laissé de traces nulle part, ni à Reykjavik ni dans son village natal. Quant à la personne qui l’accompagnait, il faudra se contenter de son goût pour la cuisine indienne.

riviere noire

Le commissaire fétiche d’Arnaldur Indridason, Erlendur Sveinsson, est absent, et c’est sa collègue Elinborg qui mène l’enquête. Le crime proche du « chambre close » et le peu d’éléments dont disposent les enquêteurs aiguillent rapidement vers un whodunit assez conventionnel. Elinborg va remonter les pistes qu’offrent chacun des indices pour essayer de découvrir un nœud commun. Cette quête se poursuit sur les quatre cinquièmes du roman, qui offrent quelques éléments d’enquête épars et noyés dans le quotidien d’Elinborg. Les cinquante dernières pages bouclent l’enquête.

Mère de famille, l’enquêtrice est très préoccupée pour ses enfants qui prennent une place importante dans le récit. Entre l’aîné qui dévoile chaque détail de sa vie sur son blog et la benjamine surdouée, elle sent qu’il faut qu’elle soit présente pour accompagner sa famille à une période charnière. Après une série d’enquêtes conduites par un commissaire au caractère plus sombre et bien trempé, Arnaldur avait sans doute besoin d’air, d’où cette personnalité plus ouverte, avec comme seul signe distinctif sa passion pour la cuisine. S’il est tout à son honneur d’éviter la facilité qu’il y a à tourner en rond avec le même personnage qui marche bien, son choix soulève ici quelques réserves.

L’enquête n’a pour commencer rien de sensationnel. Reykjavik connait une dizaine de meurtres par an, et celui-ci n’a rien d’extraordinaire si ce n’est la présence de la drogue du violeur. Celle-ci permet d’évoquer les très faibles peines infligées aux violeurs et la sensation d’une augmentation du nombre de viols. Mais au vu de ce que propose la littérature policière par ailleurs, on ne palpite pas vraiment. Arnaldur aurait pu s’en sortir en travaillant tout ce qui entoure l’enquête, ses personnages et son ambiance, mais il choisit une enquêtrice mère de famille ordinaire, sans vice connu ni personnalité marquée, et il ne reste alors plus grand-chose pour accrocher le lecteur. L’empathie est là mais ne suffit pas quand il s’agit d’enchaîner les états d’âme au sujet du blog du fils et de la distance qui se creuse entre lui et sa mère, les considérations sur la cuisine indienne ou les opinions d’Elinborg sur la malbouffe de supermarché. C’est très quotidien, réaliste, mais c’est aussi lent, ennuyeux et sans réel intérêt narratif ou autre. Si certains enquêteurs lassent par leurs extravagances, trop de banalité nuit ici, et il en est peut-être des enquêteurs comme des présidents en ce qui touche à la normalité et à la popularité qu’elle leur attire. Sans être foncièrement mal écrit, La Rivière noire ne m’a donc jamais convaincu.

Également une chronique sur Le vent sombre, ici

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