Après l’orage (Selva Almada, 2012)

Le Nord de l’Argentine, la chaleur, la sécheresse, des paysages qui évoquent la route 66. Un garage perdu au milieu de tout ça, fait de tôles et de planches. El Gringo Bauer et son fils Tapioca vivent peinards, ils transpirent tranquillement quand débarquent un pasteur et sa fille. Alors que le garagiste s’échine sur le moteur, le pasteur entreprend d’évangéliser le brave Tapioca.

apres l orage

La rencontre de ces deux paires parent-enfant est un choc de cultures, entre le pasteur aux vocations de missionnaire et le garagiste pépère et rude. Il y a donc le fou de Dieu qui, poussé par son mysticisme, se sent prêt à déplacer des montagnes, et tombe sous le charme de l’âme simplette mais vierge de Tapioca.

 « Tapioca, en revanche, était aussi pur qu’un nouveau-né. Ses pores étaient béants, prêts à absorber Jésus avant d’en remplir ses poumons. 

Ensemble, ils feraient de son œuvre, qui jusqu’alors n’avait été que l’esquisse d’un rêve longuement caressé, quelque chose de concret – d’immense même. »

Et il y a le garagiste dont les meilleures années sont derrière lui, qui ne s’attendait pas à ce que ce genre énergumène lui tombe dessus et aurait sans doute mieux fait d’aller pêcher.

« Les affaires du ciel ne l’intéressaient pas. La religion était faite pour les femmes et les hommes faibles. Le bien et le mal, c’était une autre histoire : ça, c’était une question quotidienne, concrète, que l’on pouvait affronter avec son corps. la religion, d’après lui, était une façon d’éluder ses responsabilités. S’abriter derrière Dieu, attendre d’être sauvé, ou rendre le Diable responsable du mal qu’on était capable de faire. »

Les deux hommes s’affrontent gentiment, la tension s’élève tout aussi gentiment, mais alors que la chaleur monte et que l’orage menace il faudra bien que tout cela craque. Les enfants sont les spectateurs muets du face-à-face. Chacun reproduit plus ou moins les schémas paternels, avec quelques flashbacks très cinématographiques sur les parcours des deux adultes eux aussi pris dans l’engrenage. Déterminisme contre velléités d’affirmation, l’envol paraît compliqué pour ces deux gamins enferrés dans les parcours paternels. On verra après l’orage…

Almada est apparemment nouvelliste et aurait pu aisément réduire ce roman à une trentaine de pages, au lieu de rallonger la sauce à l’extrême. Là où l’on aurait pu avoir une nouvelle efficace, de la tension, du nerf, on découvre un gros plan de cent trente pages qui se délaie rapidement. On comprend l’ambition, la rencontre de deux mondes le temps d’un évènement paroxystique et son interprétation par deux avatars pathétiques, seulement ça ne prend pas. Ce choc des cultures sonne faux, artificiel. En tournant la dernière page, les personnages n’ont toujours suscité ni intérêt ni empathie.

On retiendra quelques moments de gloire sur les sermons du pasteur, le potentiel sous-exploité du personnage de sa fille et une écriture très cinématographique. Mais en deux heures de lecture, il y a à mon sens bien d’autres choses à s’offrir.

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