La Gaieté (Justine Levy, 2014)

la-gaiete,M186163Livre lu dans le cadre du Prix du Roman des étudiants Telerama – France Culture 2015

Louise est enceinte, alors Louise doit sortir du malheur. C’est décidé, elle met de côté les médocs, la tristesse, le malheur et le passif familial : pour avoir des gosses, il faut de la gaieté. Plus de dépression, plus même de déprime, tout ça dissous dans le quotidien et les petites peurs pour les marmots, ce que sa mère n’a jamais pu lui offrir, Louise saura l’apporter à ses enfants.

Sur ce programme assez léger, c’est parti pour deux-cent pages de déballage. Les angoisses passées, les peurs présentes, la tristesse d’avant, les difficultés à s’en débarrasser aujourd’hui, Louise nous dit tout. Au gré des chapitres, et dans une prose haletante et angoissée, on reconstruit le passé de la narratrice. On découvre alors pêle-mêle un laïus sur les vertus comparées des différents antidépresseurs, des belle-mères méchantes, une mère démissionnaire et alcoolique. La relation mère-fille se place vite le cœur du roman. La mère tout le temps, partout, camée, crade, dépressive et égoïste ; le père gentillet mais ailleurs.

Très rapidement tout me gêne dans ce roman : l’insupportable voyeurisme, ce costume de psy que je n’ai aucune envie d’endosser, le rythme qui ne varie jamais. L’écriture est lassante ; les vannes sont ouvertes et allez-y, tout sort, c’est du brut de cerveau. Le discours tire sur l’auto-apitoiement généralisé, un épanchement qui ne véhicule aucune force, geignard, ennuyeux. Ça fait très blog, au fond, ce grand déballage auto-centré, quasi-adolescent. Au milieu du bouquin ça devient un peu trop et face à cette grande opération cathartique je ne peux m’empêcher de me demander qui est ce père adoré avec qui l’œdipe semble si mal résolu, qui est cette mère catastrophique ? Un tour sur Wikipédia, et je découvre la prestigieuse parenté de Justine Levy, fille de BHL et de l’ex-mannequin Isabelle Doutreluigne. Je n’en savais rien avant, mais difficile après de lire le texte de façon « neutre », les correspondances entre la vie de l’auteure et le récit sont trop énormes pour imaginer que la fiction ait beaucoup de place ici. Sa mère était d’ailleurs déjà le sujet du précédent roman de Justine Lévy, Mauvaise fille.

Finalement, qui est-ce que ça intéresse, ces histoires ? Les voyeurs, tout contents de plonger dans les tourments d’une famille star ? Sans surprise, en pianotant sur Google, Paris Match, Gala et autres torchons reviennent régulièrement associés aux bouquins de Justine Lévy. Pour ceux que ces aspects intéresseraient, pas besoin d’investir ou d’attendre la sortie en poche, BHL s’occupe de ses gamins comme il s’occupe du monde, avec le sourire mais distraitement et seulement quand il y a crise.

Ce n’est certainement pas ma came, mais c’est suffisamment facile à lire pour se vendre excellemment. Le thème et l’auteur sont porteurs, sans méchanceté aucune ça fera sûrement une excellente tête de gondole, entre Foenkinos, Marc Levy et Fred Vargas. Pas de doute, c’est une affaire éditoriale. Par contre je suis vraiment perplexe quant à la place de ce bouquin dans une sélection aux côtés de Tram 83 ou Tristesse de la terre. Mais il faut dire que je suis aussi très perplexe quand un journaliste écrit « on aime retrouver Louise« , moi qui ai été si soulagé de la quitter. Voilà donc un bouquin que je n’aurais jamais lu « de mon plein gré », et je n’aurais pas perdu grand-chose…

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2 réflexions sur “La Gaieté (Justine Levy, 2014)

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